Histoire naturelle
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Papillons

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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PAPILLONS.

Mon but ici n'est pas de commencer une étude générale des papillons, ni de répéter ce qu'on peut trouver dans le premier traité venu. C'est uniquement de donner une description des principales espèces de Lépidoptères de notre région, chenille, chrysalide et papillon, de manière qu'ils puissent être reconnus facilement ; d'y ajouter les noms des plantes sur lesquelles elles se rencontrent, etc.; en un mot, de fournir comme un dossier de chaque espèce, contenant les détails pratiques qu'il importe à tout collectionneur de connaître.

Ce travail, fait uniquement par moi, ne pourrait être complet ; comme je l'ai dit, il se bornerait aux principaux Lépidoptères d'Alsace et aux espèces que je connais. Mais notre porte est ouverte à quiconque veut y entrer : il est bien entendu d'avance que nos lecteurs ne nous laisseront pas tout le poids de la rédaction. Ce sera donc à eux de compléter leur journal, et nous publierons avec le plus grand plaisir les articles qu'ils pourront nous envoyer sur les espèces étrangères. Pour ma part, comme débutant, j'accepterai avec reconnaissance les observations que l'on voudra bien me faire sur ce que j'écris.

Outre ces descriptions qui paraîtront dans chaque numéro, je compte traiter séparément quelques détails de pratique qui offriront de l'intérêt : l'élève de la chenille, la conservation des chrysalides, etc. Je me ferai aussi un plaisir de répondre aux questions qui pourront m'être adressées.

Je commencerai par la première famille des Rhopalocères, ou Diurnes, celle des Papilionidés ; elle comprend trois genres: le genre Papilio, le genre Thaïs et le genre Parnassius. Dans ce numéro, je décrirai les espèces du genre Papilio que je connais, c'est-à-dire le Machaon ou Queue-d'Hirondelle, et le Podalirius ou Flambé. Quant à l'Alexanor, bien qu'il ait été vu dans nos environs une ou deux fois, à mon su, je n'ai pas la prétention d'en parler, et je laisse cette tâche à mes confrères du Midi. Si l'un d'eux veut bien nous envoyer sa description d'ici au 15 mai, nous la publierons dans notre prochain numéro.

Le Machaon et le Podalirius présentent de nombreux traits de ressemblance, si bien que les entomologistes du siècle dernier considéraient le second comme une simple variété de l'autre. Ce sont néanmoins deux espèces bien distinctes : leurs caractères sont assez fixes pour qu'on puisse l'affirmer, et l'on n'a pas encore trouvé d'exemplaire ni de l'un ni de l'autre qui pût établir le passage entre les deux.

Leurs chenilles offrent une particularité singulière. Le premier anneau est pourvu de deux tentacules rétractiles longs de deux lignes environ, d'un jaune transparent, et qui répandent une odeur pénétrante; il semble que c'est pour elles un moyen de défense contre les insectes; elles les sortent quand on les excite. Cependant quand la chenille approche du moment de sa transformation, elle paraît n'avoir plus la faculté de s'en servir. Ces deux chenilles vivent sur les mêmes plantes, ce sont : le fenouil, la carotte, le persil; celle de Podalirius se trouve de plus sur le rosier et quelques arbres fruitiers, tels que le prunier, le pommier, l'abricotier.

La chenille du Machaon est plus connue sous le nom de chenille de la carotte. D'abord noire, elle prend après chaque mue une livrée un peu moins sombre, comparable en cela au petit paon de nuit : elle se couvre de points verts et rouges qui grossissent chaque fois. Après la dernière mue, elle est d'un vert tendre, cerclée à chaque anneau d'une bande noir velouté, tachée de rouge orange,

La chrysalide est assez épaisse; le thorax est bombé, la tête aplatie et anguleuse. On ne peut guère la reconnaître à la couleur, qui varie trop : c'est en général un vert jaunâtre, quelquefois jaune clair ou même brun. Sur le dos, une bande longitudinale plus claire va du thorax à l'extrémité.

Le Machaon, comme le Podalirius, du reste, est commun et assez connu pour que je m'épargne une description minutieuse de l'insecte. Il suffira de dire que c'est une des plus grandes espèces d'Europe : il a en général 80 mm d'envergure. Sa couleur est un jaune safran plus ou moins foncé, brodé de dessins noirs. L'aile inférieure porte comme un oeil rouge orange, cerclé supérieurement de bleu; elle se termine par une queue noire, caractéristique du genre.

Passons au Podalirius. La chenille change complètement par sa dernière mue : avant cette mue, elle est d'un beau vert; une raie jaune, longitudinale, s'étend sur le dos, et une raie pareille le long des pattes de chaque côté; entre ces raies se trouvent des stries obliques de même couleur; elle est ponctuée de rouge et a sur le onzième anneau deux taches rouges de chaque côté de la raie médiane. Après la mue, la chenille est jaune, ponctuée de noir, la raie médiane est blanche. La première est très difficile à voir et se trouve rarement; on trouve beaucoup mieux la seconde, tant à cause de sa couleur plus apparente, qu'à cause des voyages qu'elle fait avant de se transformer.

Sa chrysalide a la même forme que celle du Machaon; sa couleur est variable aussi, mais c'est en général le jaune avec les ailes couleur de chair; elle est ponctuée de noir.

Enfin le papillon. Il a les formes plus allongées que le Machaon; sa couleur est plus claire; au lieu des dessins noirs se trouvent des bandes.

Ces deux espèces existent à demeure dans toutes les contrées de l'Europe, sauf les plus septentrionales. On les trouve toute l'année, dès les premiers jours du printemps jusqu'en automne, mais les principales éclosions ont lieu au mois de mai et au mois d'août. Ils volent surtout dans les lieux humides et près des cours d'eau.

Nous ne pourrons pas décrire dans le prochain numéro le genre Thaïs, qui n'habite que les côtes de la Méditerranée. Nous prions ceux de nos lecteurs qui le peuvent, d'y suppléer.  

 

 

 

  


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