Histoire naturelle
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Notes sur le Crapaud

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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NOTES SUR LE CRAPAUD.
III. Superstitions modernes.

Nous avons vu des remèdes absurdes vantés encore il y a moins d'un siècle par un inconnu, il est vrai; mais comment s'en étonner quand Linné lui-même, le fondateur de l'histoire naturelle, laisse dans sa matière médicale des remèdes plus étranges encore ? .Mais ce sont là d'anciennes superstitions, dira-t-on, et aujourd'hui toute trace en a disparu. Pas tout à fait. — Le crapaud, si on ne l'emploie plus contre la peste, n'en a pas moins conservé sa réputation d'animal venimeux, et non seulement les paysans, mais encore les gens qui devraient savoir à quoi s'en tenir sur toutes les fables absurdes débitées sur des animaux que nous voyons tous les jours, ne peuvent voir un crapaud sans pousser les hauts cris et sans trembler qu'il ne saute sur eux. M. Wood, dans ses Common Objects of the Country, raconte d'une façon bien plaisante une promenade qu'il fil dans la forêt de Meudon, où il eut à défendre un infortuné crapaud contre les attaques des Français qui l'accompagnaient. Je regrette que ma place limitée m'interdise de reproduire celle petite histoire m extenso; je dirai seulement que d'après le naturaliste anglais, on croit en France aux dents qui poussent au crapaud lorsqu'il atteint l'âge de 50 ans. Quelqu'un, dit M. Wood, m'avait promis de m'en montrer une qu'il conservait chez lui dans une boîte, mais jamais je ne pus parvenir à la voir. Il est certain que si M. Wood a peut-être cru trop générales en France les superstitions concernant cet animal, elles existent parfaitement, et cela dans toutes les classes de la société. Il n'est donc pas superflu de répéter que le venin du crapaud, puisque venin il y a, est bien peu nuisible, et qu'on en est quitte pour un peu d'enflure.

Citer les idées populaires concernant le crapaud serait long et ennuyeux : prenons au hasard un ou deux exemples. M. Bétous m'écrit que, d'après les paysans des Landes, le crapaud et la taupe firent un jour un échange : le premier céda sa queue à la taupe, qui en retour lui donna ses yeux. Quand un paysan rencontre un crapaud, il s'empresse de le tuer, car s'il ne l'achevait pas, le crapaud viendrait l'étrangler pendant son sommeil. — Le naturaliste suisse Tschudi a entendu des personnes raconter de bonne foi avoir vu des crapauds grands comme une assiette, mais il doute avec raison de l'exactitude du fait. Dans la Suisse française, on croit assez communément à une haine mortelle entre le crapaud et l'araignée, et plus d'une personne prétend avoir vu le batracien mourir des morsures de son petit adversaire. Inutile d'observer que c'est là une fable, car si ces deux animaux ont quelque rapport l'un avec l'autre, c'est que l'araignée sert de nourriture au crapaud.

Nous arrivons maintenant à un fait des plus curieux, d'abord regardé comme une fable absurde, mais qui semble aujourd'hui, après de longues discussions et de nombreuses expériences, concorder presque entièrement avec la réalité. Bien souvent des ouvriers ont raconté avoir trouvé un crapaud vivant enfermé dans un bloc de pierre ou dans un tronc d'arbre; mais la plupart des naturalistes, jugeant du vrai d'après le vraisemblable, n'avaient presque pas fait attention à ce qu'ils regardaient comme une fable, ou comme quelques faits isolés et mal observés. Cependant les observations se multiplièrent peu à peu, et un examen plus approfondi, fait par de grandes autorités en matière d'histoire naturelle, changea la face de la question. Voici à peu prés les résultats auxquels on est arrivé aujourd'hui : on peut diviser les localités où l'on prétend avoir trouvé des crapauds ermites en deux groupes : celles qui ont toutes les apparences de la réalité, et celles qui sont très probablement le produit, soit d'une imagination un peu vive, soit d'un désir de mystification, soit d'observations incomplètes. Parmi les premières nous rangerons les morceaux de bois, les blocs de plâtre, etc.; parmi les secondes, le coeur des arbres, les pierres extraites du fond des carrières, la houille, les géodes. Voici comment on explique les faits de la première catégorie : la vie est peu active chez le crapaud, et, conséquence habituelle, elle est très tenace. Son action peut beaucoup diminuer dans l'hibernation, sans être entièrement détruite. On suppose que dans un tronc d'arbre creux par exemple, le crapaud, à un moment où sa taille le lui permettait encore, se sera glissé par une fente restée inaperçue ou bouchée depuis, et aura vécu là, pendant des mois, des années même, dans un état de torpeur où le contact d'un peu d'air sur la peau suffisait pour prolonger son existence. Il en est de même pour les blocs de plâtre; ce corps est poreux, et c'est l'air qui pénètre par les pores qui empêche le crapaud de mourir et de se dessécher. Ce fait a été prouvé en 1817 par M. Milne-Edwards, qui mit des blocs de plâtre contenant des crapauds vivants sous l'eau; au bout de quelque temps, l'air ne se renouvelant plus dans la cavité, le crapaud fut trouvé mort. Un naturaliste anglais, le Dr Buckland, fit une série d'expériences qui semblent à première vue prouver le contraire. En effet, dans les blocs artificiels destinés à imiter aussi fidèlement que possible ceux dans lesquels avaient été trouvés des crapauds, ceux-ci furent trouvés desséchés au bout de peu de mois; mais de ces expériences il faut conclure simplement que les conditions n'étaient pas les mêmes; on aurait dû prendre des animaux très jeunes, sur le point d'entrer dans leur engourdissement d'hiver, et laisser d'abord une ouverture qu'on aurait rétrécie peu à peu. Quant à trouver des crapauds renfermés dans un creux ayant exactement la forme de leur corps, au fond d'une carrière ou d'une mine, ce qui supposerait que la pierre se serait formée autour de l'animal, cela est évidemment impossible. Le crapaud peut vivre fort longtemps, cinquante ans et plus peut-être, mais non des milliers d'années. Ce qu'il est plus raisonnable de supposer, c'est encore que l'animal sera entré par quelque fente, quelque crevasse, qui aura échappé à l'observation. Ces faits-là, d'ailleurs, sont presque toujours dénaturés par les observateurs, sans qu'ils s'en doutent; les ouvriers stupéfaits de voir sortir un animal vivant du sein de la terre, crient au miracle sans se donner la peine d'approfondir ce mystère. (A suivre).

E. Dollfus.

 

 

 

  


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