Histoire naturelle
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Conseils aux débutants en entomologie

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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Aperçu sur la végétation du monde primitif
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CONSEILS AUX DÉBUTANTS EN ENTOMOLOGIE .
I. Chasse aux coléoptères.
(Suite.)

Avant de terminer ce chapitre, il me reste à dire un mot de quelques localités qui recèlent des espèces, souvent même des genres d'insectes tout à fait particuliers. Personne n'ignore que les insectes, et surtout les coléoptères, doivent être rangés parmi les agents les plus énergiques de la salubrité publique ; on remarque cela moins dans nos contrées civilisées où, en général, toutes les précautions sont prises pour faire disparaître ce qui pourrait donner naissance à des épidémies ou d'autres maladies (dont l'une, si terrible, est appelée dans le langage usuel : le charbon) ; mais dans les pays orientaux et méridionaux, où la corruption est plus prompte, où les précautions sont moins grandes, les insectes apparaissent comme un véritable bienfait de la Providence, et les anciens Égyptiens n'ont peut-être pas eu tort de placer le Scarabée sacré au nombre des animaux qu'ils adoraient à cause de leur utilité. Il suffit de voir, même dans nos pays tempérés, l'activité vraiment fiévreuse avec laquelle les nécrophages et les bousiers font disparaître toutes les matières qui pourraient répandre dans l'air des germes insalubres, pour se convaincre de l'immense service qu'ils rendent à l'humanité. Cependant, l'entomologiste en chasse ne s'arrête guère à de telles considérations, et, pour que mon chapitre soit complet, je me verrai forcé d'entrer dans certains détails pour lesquels je demande pardon à mes lecteurs non entomologistes. De toutes les matières putrescibles ou en voie de corruption, le coléoptériste n'en doit négliger aucune, à moins toutefois que leur état de putréfaction trop avancé ne rende la chasse impossible ou même dangereuse, ce qui est le cas pour les animaux de taille moyenne ou grande, tels que chiens, moutons, chevaux, etc. Quant aux petits cadavres, lapins, rats, souris, taupes, grenouilles, crapauds, etc., le danger est pour ainsi dire nul, pourvu qu'on empêche les mouches qui ont été en contact avec l'objet de séjourner sur les mains ou le visage. Lorsque ces animaux sont déjà entièrement secs, il faut les secouer dans le filet ou sur la nappe. On prendra ainsi une grande quantité d'insectes nécrophages : Necrophorus, Silpha, Staphylins, Thistérides, Catops, Trox, etc., qu'il faut, surtout au début, prendre sans distinction et jeter dans l'alcool. On prend en particulier dans les Vosges, sous les poissons morts au bord des torrents, ainsi que sous la mousse qui recouvre les rochers, le rare et beau Carabus nodulosus, à élytres noires, fortement bosselées. — Certains entomologistes vont plus loin encore : ils établissent une sorte de charnier, où ils entassent de petits cadavres, des os, des champignons, du pain trempé dans la graisse : le moyen est bon et doit procurer beaucoup de bonnes espèces, mais je crois qu'on fera bien de ne pas l'employer dans le voisinage d'une habitation. En tout cas, le même inconvénient ne se rencontre pas dans les fouilles, aussi peu agréables que productives, que l'entomologiste ne peut se dispenser de faire dans les bouses, les crottins, le fumier de ferme et même la terre à quelques centimètres au-dessous et autour des bouses et des petits cadavres. Il prendra ainsi une foule de coprophages tout différents des nécrophages ; ses chasses se composeront de Sphaeridium, Staphylins, Thistérides, Géotrupes, Copris, Onthophagus et Aphodius. Parmi ces derniers qui comptent plus de 50 espèces dans l'Alsace seule, il y a beaucoup d'espèces qui se ressemblent au premier abord ; il faut donc au moins en prendre quelques individus de chaque localité où l'on en trouve. Enfin, il ne faut pas négliger d'examiner le terreau, les couches, les végétaux en décomposition, le tan ; on pourra y trouver le grand et singulier Oryctes nasicornis (rhinocéros), ainsi que d'autres insectes. Il va sans dire que tous ces insectes se prennent avec la pince.

Je me hâte de passer à un sujet plus agréable et plus intéressant. Je dirai quelques mots d'une chasse tout à fait spéciale, sur laquelle je reviendrai peut-être un jour plus longuement. Je veux parler de la chasse aux coléoptères myrmécophiles, ou chasse dans les fourmilières. Il y a relativement peu de temps, une quarantaine d'années au plus, que les entomologistes ont commencé à étudier les coléoptères qui habitent avec les fourmis ; aujourd'hui, on a déjà découvert plusieurs centaines d'espèces de myrmécophiles, et l'on en découvre encore chaque jour. C'est à M. Moerkel que sont dues les recherches les plus patientes et les plus intéressantes sur ces insectes. Parmi ces coléoptères, qui appartiennent surtout aux familles des Staphylinides, Psélaphiens et Histérides, et qui, généralement, élisent domicile auprès d'une espèce particulière de fourmis, les uns sont employés par les petites républicaines comme vaches à lait, les Claviger par exemple; d'autres, sans défense eux-mêmes, trouvent un abri et une protection dans la fourmilière ; d'autres, enfin, tels que les Myrmédonia (Staphylins), sont de terribles ennemis pour les pauvres fourmis qu'ils dévorent, lorsqu'ils le peuvent. Il existe deux moyens de prendre ces coléoptères, mais, avant tout, qu'on s'arme d'une bonne dose de patience, car certaines fourmilières recèlent souvent des milliers d'hôtes, tandis qu'une fourmilière voisine n'en contient pas un seul. A quoi cela tient-il? Je l'ignore. On emploie le plus souvent un moyen héroïque : on creuse jusqu'au coeur de la fourmilière, en tamisant, dans un crible fermé par le haut, crainte d'inondation, et sur une nappe, la fourmilière tout entière par pelletées successives; on trouvera le plus de coléoptères dans la région centrale du cône, prés de la terre. Seulement, je l'ai dit, ce moyen est héroïque: d'abord, on détruit de fond en comble cet ouvrage admirable — une fourmilière ; puis, malgré toutes les précautions, on s'expose à être piqué ou tout au moins vraiment incommodé par l'acide formique dégagé en grande quantité par les habitants exaspérés. Je préfère le moyen suivant : On place sur la fourmilière et aux alentours un certain nombre de planches et de pierres plates et poreuses qu'on visite le plus souvent possible ; à la face inférieure adhèrent presque toujours des myrmécophiles en plus ou moins grand nombre. On peut aussi tamiser les feuilles sèches aux alentours de la fourmilière, et l'on trouvera ainsi les brigands staphylins qui guettent les fourmis à leur retour. Toutes les fourmis ont leurs myrmécophiles. celles qui habitent sous les écorces, sous les pierres, dans les branches, comme celles qui construisent des cônes de brindilles dans les forêts. Cette chasse n'est fructueuse qu'au printemps, en automne ou de très bon matin en été. Il faut avoir grand soin de séparer chaque espèce myrmécophile, en indiquant l'espèce de fourmi avec laquelle elle habite, ou mieux encore, en piquant ou collant une fourmi à la même épingle.

Tout le monde sait qu'un bon nombre d'insectes, vivent en parasites sur différents animaux, et les coléoptères semblent tenir le premier rang. Nous avons parlé déjà des myrmécophiles : chaque société, chaque nid d'hyménoptères, (bourdons, frelons, guêpes), les nids de chenilles processionnaires, sont également habités par des légions de petits coléoptères parasites, peu connus et fort difficiles à prendre à cause de leur redoutable entourage. Il faut engourdir, au moyen de chloroforme, d'essence de térébenthine ou d'éther, la garde qui veille sur ces précieux coléoptères. Mais il y a tout un genre de grands hyménoptères, ressemblant aux guêpes, le genre Cerceris, qui est bien plus intéressant encore : chaque espèce fait sa nourriture exclusive de telle famille ou telle espèce de coléoptères. L'un de ces Cerceris s'empare uniquement des Cleonus ophthalmicus ; un autre, le mieux connu, le Cerceris bupresticida, renferme dans ses magasins, situés à plusieurs pieds sous terre, les buprestes les plus rares et dans le plus parfait étal de conservation. Je ne puis donner ici de détails sur cet instinct merveilleux, mais nous y reviendrons peut-être plus tard. Heureux l'entomologiste qui met la main sur un pareil nid, véritable collection de buprestides ! Bien souvent je l'ai désiré, sans avoir réussi jusqu'à présent.— Le genre Drilus, comptant trois ou quatre espèces dans l'Europe occidentale, se rapproche beaucoup des lampyrides. Comme le Lampyrus (ver luisant), la femelle n'a pas d'ailes et ressemble beaucoup à une larve, tandis que le mâle est un insecte brun, ailé, de taille moyenne. La femelle et la larve attaquent différentes espèces de mollusques, principalement les Hélix nemoralis et hortensis ; elles sont assez rares, mais un moyen presque sûr de s'en procurer, consiste à recueillir des centaines de ces coquilles d'escargots vides : il se trouvera probablement quelques drilles, femelles au fond de la boîte. — Certains coléoptères sont parasites d'autres coléoptères: je citerai comme exemple l'Aphodius porcus, qui s'établit dans les trous creusés par le Geotrupes stercorarius pour dévorer les oeufs de ce dernier.

Il ne faut pas négliger non plus de recueillir certains insectes qui, quoique n'appartenant pas strictement au pays, ont été amenés vivants d'Amérique, d'Afrique ou de quelque pays lointain avec des denrées coloniales, riz, café, des racines, des bois exotiques, de la soie, des balles de coton, etc. C'est là une mine féconde et intéressante, car à Montpellier et ailleurs, il s'est peu à peu formé une petite flore hétérogène qu'on ne rencontre en aucun autre point, et qui doit certainement être accompagnée par une faune entomologique et malacologique correspondantes.

Le bord de la mer abrite aussi toute une population entomologique spéciale. Les poissons, les rayonnés, les algues, jetés sur la plage, hors de la portée des marées ordinaires, doivent être examinés avec grand soin, secoués sur la nappe, et le sable qu'ils recouvraient creusé à une certaine profondeur. De nombreuses cicindèles volent vivement sur les plages de sable. Dans les fentes de rochers que la marée n'atteint pas, on trouve parfois des colonies d'insectes assez rares. Dans les dunes, il faut chercher un grand nombre d'insectes qui s'abritent sous le sable, au pied des herbes et autres plantes, ainsi que sous les morceaux de bois ou les pierres. Le vent pousse parfois dans les petits vallons abrités et formés par les dunes, et généralement habités par AEgialia sabuleti el le Broscus cephalotes, une foule d'insectes qu'on ramasse presque par poignées. — Strictement, la mer ne renferme pas un seul coléoptère; cependant il en est quelques uns qui passent presque toute leur vie dans la mer, sous des pierres ou sur des bancs de sable, protégés contre les lames du large, lis respirent l'air à peine une ou deux heures par jour : ce sont certaines espèces de carabiques et de staphylinides. — Enfin, les marais salants, les lacs et les étangs d'eau saumâtre, tant à l'intérieur des terres qu'au bord de la mer, ont presque tous une faune entomologique spéciale et extrêmement intéressante. Ces petites faunes sont remarquables autant par les hydrocanthares que par les géocanthares habitant les plantes, également particulières, qui croissent aux alentours.

Les caves fournissent un asile à une foule de coléoptères, qu'il faut chercher dans la paille, sous les planches, ou même contre les tonneaux, comme l'Orthopterus atomarius Malheureusement, sauf deux ou trois exceptions (Pristonychus, Blaps, Sphodrus), ces insectes n'ont pas plus d'un millimètre de long, de sorte qu'il faut une lumière et de très bons yeux pour les apercevoir.

Les grottes et les cavernes de certains pays, des Alpes et surtout des Pyrénées (les autres ne paraissent pas encore suffisamment explorées) donnent asile à une population de coléoptères appartenant aux carabiques, aux staphylinides, aux psélaphiens et aux curculionides, et manquant complètement d'yeux. On n'en connaissait qu'une dizaine en 1849 ; aujourd'hui leur nombre s'est élevé bien au delà d'une centaine d'espèces, et il s'accroît tous les jours. Mais leur chasse est extrêmement pénible : d'abord, pour une caverne où l'on trouvera des insectes cavernicoles, on en explorera dix sans succès, et quelle exploration ! Il faut demeurer des heures entières dans la boue et le guano de chauve-souris, soulevant chaque pierre et toujours l'oeil au guet, de peur que quelques-uns de ces insectes, de taille moyenne, mais d'un jaune corné et transparent, qui les rend très difficiles à apercevoir, ne s'enfuient de côté ou d'autre. C'est là une chasse que je ne recommande pas au débutant, à moins qu'il ne se trouve dans des circonstances exceptionnelles, sans lesquelles il rentrera presque à coup sûr bredouille et peut-être malade.

J'ai terminé ici l'indication des localités qui paraissent devoir être explorées de préférence par le débutant; ce n'est pas à dire qu'il doive négliger les autres; partout il trouvera plus ou moins de coléoptères. D'ailleurs, l'expérience est indispensable si l'on veut devenir un bon entomologiste. Je recommanderai spécialement, toutefois, au débutant, deux excellents petits livres concernant la chasse et la préparation des insectes : Le nouveau guide de l'amateur d'insectes, publié à Paris, chez Deyrolle ; et La chasse aux coléoptères, par M. Leprieur ; Colmar, Decker.

Il ne faut pas oublier non plus que rien n'est différent en général comme la faune entomologique de deux pays, malgré de nombreuses ressemblances apparentes; aussi je recommande vivement au jeune entomologiste, qui se trouve dans un pays qui n'a pas encore été complètement exploité, surtout dans les montagnes, de prendre absolument tout ce qu'il peut trouver, non seulement en fait de coléoptères, mais encore d'autres ordres : il pourra se faire qu'il rende ainsi un service signalé à ses collègues hémiptéristes ou hyménoptéristes, et par eux à la science. La peine ne sera pas grande, puisque, s'il n'a pas le temps de préparer tous ces insectes, le chasseur n'aura qu'à les mettre dans un flacon rempli de feuilles de laurier-cerise. Les quelques entomologistes qui s'occupent d'hémiptères savent par expérience de quelle utilité sont pour eux les chasses de leurs nombreux confrères coléoptéristes, quand ceux-ci se donnent la peine de ramasser les hémiptères qu'ils trouvent dans leur filet.

L'entomologie est étroitement liée à la botanique : chaque plante, pour ainsi dire, a ses insectes particuliers. Il est donc indispensable que l'entomologiste ait une connaissance pratique des principales plantes et autant que possible de leurs noms scientifiques.

 E.

 

 

 

  


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