Histoire naturelle
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Observation sur la ponte du Dytiscus

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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OBSERVATION SUR LA PONTE DU DYTISCUS MARGINALIS.

Bien que le Dytiscus marginalis soit assez commun aux environs d'Évreux et que j'en nourrisse un certain nombre d'individus depuis plusieurs années, je n'ai cependant pu observer qu'une seule fois sa ponte. Il y a deux ans, au mois de janvier, je pris une femelle dans un fossé près d'Évreux; je la mis dans un bocal plein d'eau, avec des pierres et des plantes aquatiques. Au mois de mars suivant, je la vis un jouir se poser sur une tige de jonc, s'y attacher fortement, la tète en haut, au moyen des quatre pattes antérieures, cacher ses antennes et agiter un peu les nageoires ou pattes postérieures, qui étaient placées parallèlement au corps. En même temps elle fit sortir de l'extrémité de l'abdomen une large tarière aiguë, fort mince et légèrement recourbée. Cette tarière tranchante s'appliqua sur le jonc et y fit une incision longitudinale, longue d'environ un centimètre. Alors j'enlevai rapidement la lige de jonc avec l'insecte pour observer de près la tarière; mais aussitôt hors de l'eau, il la rentra en se laissant retomber; à peine était-il dans l'eau, qu'il la sortit de nouveau eu nageant et laissa tomber un oeuf long de cinq ou six millimètres, étroit et très faiblement arqué. Cet oeuf était blanchâtre, avec une enveloppe assez résistante. Cinq minutes après, le Dytisque alla de nouveau se poser sur une lige de jonc. Comme je savais ce que cela signifiait, je le laissai faire à son aise. La tarière se mût de haut en bas, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elle eût gagné le centre de la moelle : là elle s'arrêta et se gonfla un peu; ensuite l'insecte la rentra et alla prendre de l'air. Il fit ainsi un assez grand nombre d'incisions qui contenaient chacune un oeuf placé dans le sens longitudinal. Il ne me restait plus qu'à connaître la tarière : elle est formée de deux lames écailleuses, très minces, soudées par un de leurs bords. L'intérieur de ces deux lames est tapissé d'une membrane susceptible d'extension; c'est entre ces deux lames que l'oeuf glisse pour se placer dans la moelle des plantes. Cette année, j'ai trouvé dans des feuilles submergées de sagittaire plusieurs incisions qui contenaient chacune un oeuf de Dytisque. Comme les autres espèces du genre Dytiscus sont très rares à Evreux, je n'ai jamais pu observer leur ponte; mais j'ai remarqué que la tarière des femelles avait toujours la même conformation, d'où je puis conclure que la ponte se fait de la même manière. — Chez le Cybister Roeselii, la tarière est longue el plus étroite. — La femelle de l'Acilius sulcatus a une tarière très longue, très étroite el peu résistante; aussi pond-elle ses oeufs dans la vase ou à découvert. — J'ai remarqué chez deux genres d'Hémiptéres aquatiques, Noctonecte, Naucore, la même manière de pondre que le Dytisque. Pour cela, ces insectes se placent également sur une tige ou une feuille, l'embrassent de leurs pattes, et pour agir avec plus d'assurance, enfoncent leur bec dans la plante. De celte façon, la tarière peut se mouvoir avec plus de force; mais les oeufs ne sont jamais enfoncés profondément comme ceux des Dytisques.

Ces insectes cachent ainsi leurs oeufs afin de les soustraire à la voracité de leurs nombreux ennemis, tels que les oiseaux aquatiques, les poissons, les Batraciens, les Hydrocanthares même et autres, qui en sont très friands; de plus, c'est un moyen de les maintenir dans l'humidité nécessaire à leur développement; car s'ils étaient simplement collés aux plantes, la hauteur de l'eau étant très sujette à varier, les oeufs pourraient se trouver hors de l'eau et se dessécheraient, tandis que les plantes maintiennent toujours de l'humidité en elles, qu'elles soient submergées ou hors de l'eau. Les larves, pour sortir de la plante, profitent de l'incision que le gonflement de l'oeuf a maintenue un peu entr'ouverte.

Évreux. M. Aug. Régimbart.

 

 

 

  


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