Histoire naturelle
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Conseils aux débutants en entomologie

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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CONSEILS AUX DÉBUTANTS EN ENTOMOLOGIE.
(Suite.)
I. Chasse aux coléoptères.

Commençons par indiquer les appareils nécessaires pour la chasse aux insectes. Ce sont généralement les plus simples qui sont les meilleurs. — C'est là un principe qu'il ne faut pas oublier.

1° Le filet est le plus important de tous ces instruments ; aussi en voit-on de toutes les formes, de toutes les tailles et de tous les prix. Après avoir essayé bon nombre de ces filets, je suis revenu au plus simple : il se compose d'une baguette de fer, suffisamment solide (environ 4 millimètres), formant un cercle ayant un peu moins d'un pied de diamètre. Les deux extrémités du cercle sont soudées à un tube légèrement conique, en fer-blanc, dans lequel s'emmanchera une canne ordinaire. Si le filet doit être employé pour faucher, ce qui est généralement le cas, on fera souder à la baguette une lame de fer-blanc de 2 centimètres de largeur, destinée à racler les herbes, etc. On fera percer dans celte lame un certain nombre de trous par lesquels passera le fil solide qui maintiendra le sac ; sans cette précaution, le fil serait usé par le frottement contre la lame, au bout de quelques heures de chasse. Le sac, en toile blanche, doit avoir une longueur de 0m50 ; on y coudra un fond circulaire de même étoffe ; il devra laisser facilement passer l'eau. Cependant, pour la pêche, il vaut mieux avoir un filet spécial, un peu plus léger, en toile solide ou en canevas laissant mieux passer l'eau, et sans lame de fer-blanc. Il est souvent gênant ou désagréable de tenir le filet continuellement à la main, aussi pourra-t-on se faire faire, dans la doublure de l'habit, une large poche pouvant contenir les filets. On peut se promener ainsi dans les rues d'une ville, armé de pied en cap, sans que te profanum vulgus se doute que vous êtes entomologiste.

2° Un autre instrument également indispensable, c'est le parapluie. On a inventé des parapluies spéciaux, à manche pliant, en toile blanche, de taille à abriter une famille patriarcale ; — on a proposé un appareil nommé thérenthome, assez compliqué, et qui ne peut certainement donner de résultats quelconques que dans un parc bien aménagé. Chacun de ces appareils peut être employé avec succès quand on chasse dans les environs de son habitation, mais c'est encore le plus simple qu'il faut préférer : le parapluie le plus ordinaire, à gros manche recourbé, plus solide qu'élégant, rendra le plus de services. On peut le porter en bandoulière sur le dos, attaché aux deux bouts par un ruban, et, vienne une averse, il protégera le chasseur contre l'eau du ciel.

3° Lorsque l'on a en vue un endroit spécial à explorer, on pourra emporter une nappe, c'est-à-dire une pièce de toile de 2 mètres sur toutes les faces, qu'on étend par terre et sur laquelle on bat les arbres environnants ; on n'a plus qu'à se baisser pour ramasser. La nappe a moins d'emploi que le parapluie, qui peut servir dans beaucoup d'endroits où elle ne peut être étendue.

4° Un autre instrument fort utile, quand la localité à explorer n'est pas très éloignée, et que l'on n'a pas de ville à traverser pour y arriver, c'est un assez grand tamis, dont les mailles, formées par des fils de fer entrelacés, auront 4 millimètres carrés ; on se munira aussi d'une petite nappe sur laquelle on tamisera. Si l'on craint l'encombrement produit par un aussi volumineux instrument, on pourra le remplacer par un crible de dimensions un peu moindres, et dont les parois seront faites en toile au lieu d'être en bois. Il sera facile alors de le loger dans la grande poche avec les filets. Ce crible sera moins utile que le premier, mais il rendra encore de bons services quand l'autre ne pourra être employé.

5° Un couteau très solide est indispensable pour détacher les écorces, fouiller la terre, etc. ; il remplace l'écorçoir spécial.

6° On prendra quelques petites éprouvettes avec bouchons de liège, assez solides pour ne pas se casser dans la poche, et dans lesquelles on mettra les insectes délicats ou rares.

7° Il faudra toujours être muni d'un certain nombre d'épingles entomologiques fines, pour piquer sur-le-champ, dans une petite boîte ovale à fond d'agave (1) ou de tourbe (les épingles s'y enfoncent mieux que dans le liège), les coléoptères très poilus et surtout ceux qui sont revêtus d'une poussière jaune souvent assez épaisse (Lioeus, Larinus, Cleonus, etc.) ou d'écailles délicates (Chlorophanus).

8° Une pince à pointes fines est nécessaire pour prendre les petits insectes, ceux qui sont trop délicats pour être pris à la main, ou qui habitent les interstices des rochers, des pierres ou des écorces. Il faut la choisir avec beaucoup de soin : autant une pince qui réunit les conditions voulues, rend des services longs et variés, autant une mauvaise pince est inutile et vite hors de service. On tombe rarement du premier coup sur un bon instrument de ce genre : c'est l'expérience qui apprend les qualités requises. Je n'attache pas ici trop d'importance à ce choix d'une pince ; elle doit, en effet, accompagner toujours l'entomologiste, et elle rend continuellement de précieux services.

9° Une bonne loupe de poche, grossissant de deux à quatre fois les objets, est encore très utile, ainsi que :

10° Un étui contenant un flacon d'ammoniaque liquide, grâce à laquelle les piqûres de guêpes, abeilles, etc., n'ont aucune conséquence fâcheuse.

11° Il ne faut pas oublier de se munir de crayon et papier, car tout bon naturaliste doit noter sur place ses observations concernant les localités et les moeurs des animaux qu'il étudie.

12" On remarquera sans doute que je n'ai pas encore parlé des récipients destinés à contenir les insectes pendant la chasse, qui constitue une partie essentielle de l'attirail entomologique. Ce sujet demande quelques développements. L'entomologiste doit toujours porter sur lui un flacon en verre très solide, ce qui est préférable en général aux flacons en fer-blanc; quand il « s'en va-t-en chasse », il en prendra deux ou davantage, de même taille ou plus grands que le premier. Ces flacons doivent avoir de 8 à 11 centimètres de hauteur; ils auront un bon bouchon de liège, que l'on pourra percer pour y faire passer un petit tube de verre ou tuyau de plume également bouché, par lequel on introduira les petits insectes sans craindre de voir s'échapper ceux qui sont dans le flacon. Mais bien que cela ait été proposé par quelques entomologistes, on ne peut laisser les insectes tels quels dans le flacon jusqu'au retour.

Il s'agit donc de trouver un moyen de les mettre hors d'état de s'abîmer, et c'est sur ce moyen que les entomologistes ne sont nullement d'accord. On jettera les grands carabiques, les insectes coprophages, les hydrocanthares, et en général les insectes de grande et de moyenne taille, qui n'ont ni duvet, ni écailles, ni couleurs délicates, dans un flacon d'alcool (esprit de vin) très fort. M. Leprieur conseille de l'empoisonner légèrement de la façon suivante : Mettez dans un flacon 30 grammes d'acide arsénieux en gros morceaux, et remplissez-le d'alcool ; décantez au bout de quelques semaines en évitant d'entraîner un peu de l'acide. La quantité d'acide dissoute dans l'alcool est trop faible pour être toxique, et les insectes jetés dans cet alcool ont l'avantage d'être à l'abri des anthrènes. On pourra ajouter un centième d'acide phénique, le grand remède du naturaliste. Quoique l'opération ne présente pas de danger, il faut y procéder avec précaution, et surtout tenir l'alcool arsénié et l'acide arsénieux hors de portée des mains curieuses ou indiscrètes. D'ailleurs, cet empoisonnement de l'alcool n'est pas indispensable.

Comment conserver pendant la chasse les insectes qui s'abîmeraient dans l'alcool ? On a proposé plusieurs méthodes, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Voici les principales de ces méthodes :

a) On remplit un flacon à large goulot et à bouchon de liège percé d'un tube, de tortillons de papier non collé qui empêchent l'entassement des insectes et absorbent l'humidité ; on change le papier à la fin de chaque chasse. Pour que les insectes ne s'endommagent pas en se battant, il faudra les asphyxier au moyen de quelques gouttelettes d'éther ou de chloroforme, versées avec précaution dans le flacon. Inconvénients : l'éthérisation doit être renouvelée très souvent, ce liquide s'évaporant rapidement et n'engourdissant les insectes que pour un temps limité ; le chloroforme, beaucoup plus efficace et qu'il suffit de renouveler deux ou trois fois dans la journée, ne tue pas tous les insectes et est d'un prix relativement élevé. Enfin, quand on emploie ces deux substances, il faut au retour tuer les insectes qui ne sont qu'endormis, ce qui se fait en plongeant le flacon débouché dans l'eau bouillante jusqu'à ce que les insectes ne fassent plus aucun mouvement.

b) Les Anglais emploient un procédé qui a le mérite d'être très simple. Ils froissent quelques feuilles, fraîches ou sèches, de laurier-cerise, et les mettent dans un flacon : l'acide prussique dégagé suffit pour tuer la plupart des insectes, sans avoir d'effet toxique sur l'homme.

Je n'ai pas encore essayé de ce moyen, mais l'expérience est facile à faire : on trouve chez tous les droguistes des feuilles de laurier.

c) Beaucoup d'entomologistes prennent de la sciure de bois séparée de ses éléments les plus gros et les plus fins par un double tamisage, lavée ensuite à grande eau, puis séchée ; ils y versent une quantité de benzine assez considérable pour asphyxier rapidement les insectes, insuffisante cependant pour imbiber la sciure. L'inconvénient ici est l'odeur pénétrante de la benzine que l'on porte toujours avec soi : on la diminue en ayant soin que le bouchon ferme hermétiquement. Autre inconvénient : il faut laisser les insectes pendant plusieurs heures dans le flacon, pour ne pas s'exposer à les voir revivre. — Pour éviter d'avoir à faire la séparation des insectes souvent presque invisibles et de la sciure, on peut creuser le bouchon et y introduire un tampon imbibé d'un mélange d'acide phénique et de benzine.

d) Un quatrième procédé consiste dans le cyanure de potassium. C'est un sel assez instable qui se décompose peu à peu et partiellement, en produisant un dégagement d'acide prussique. Il faut le prendre en morceaux blancs, qu'il faut tenir avec soin à l'abri de l'air humide. Je m'en sers de la façon suivante : Je mets un morceau de cyanure gros comme une noisette, enveloppé dans du papier de plomb, au fond d'un flacon cylindrique en fer-blanc, ayant 10 centimètres de haut sur 4 1/2 de diamètre; le tout est recouvert d'une rondelle de liège très mince, s'adaptant aussi exactement que possible aux parois du flacon. Ainsi préparé, il peut servir ordinairement pendant un mois ou deux, pourvu qu'après chaque chasse on change les tortillons de papier non collé dont on aura rempli à moitié le flacon. L'emploi du cyanure présente un inconvénient assez grave pour le faire abandonner par presque tous les entomologistes : cette substance est un poison violent, non seulement quand on l'avale, mais encore quand il s'en introduit une minime quantité dans la circulation du sang, par une coupure ou une égratignure. Les photographes s'en servent assez souvent pour se débarrasser des tâches que le nitrate d'argent fait sur leurs mains; mais on a vu se produire ainsi des empoisonnements, et l'idée seule du risque qu'on court est suffisamment désagréable. Je le répète, avec les précautions indiquées, il n'y a presque pas moyen que quelques parcelles de cyanure s'introduisent dans la circulation; néanmoins, les partisans du cyanure adopteront certainement un autre procédé efficace et commode pour tuer les insectes sans les abîmer — et en les faisant souffrir le moins possible. Que les jeunes chimistes, lecteurs et collaborateurs de la Feuille des Jeunes Naturalistes se mettent à l'oeuvre : peut-être découvriront-ils le procédé tant désiré!

Je remets à la prochaine fois les indications concernant la chasse proprement dite, et je termine en recommandant encore une fois à mes confrères débutants de ne pas se charger d'instruments inutiles, et de compter sur eux mêmes plutôt que sur leurs appareils.

E.

(1) On trouve ces boîtes chez M. Deyrolle, à Paris. — Il est facile, du reste, de s'en fabriquer soi-même.

 

 

 

  


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