Histoire naturelle
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De l'organisation des fougères

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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DE L'ORGANISATION DES FOUGERES.

Je n'ai pas ici la prétention de faire un travail complet sur l'organisation des fougères; je me contente de donner un rapide aperçu de celte vaste famille cryptogamique, afin de faciliter l'étude curieuse de ces végétaux, étude que la plupart des jeunes gens craignent d'aborder, et qui cependant n'offre aucune difficulté sérieuse.

Les fougères font partie de la classe nombreuse en espèces intéressantes des filicinées. La plupart d'entre elles croissent dans les forêts qu'elles embellissent parleur agréable verdure et par les fines découpures de leurs feuilles. D'autres se plaisent dans les fentes de rochers où elles puisent les sucs qui leur sont nécessaires; enfin, quelques-unes vivent dans les marais tourbeux. Dans les pays tempérés, les fougères ont une faible consistance et sont peu élevées; une d'entre elles, Pteris aquilina, si commune dans nos bois, atteint au plus la hauteur de 2 mètres; mais si le voyageur visite les pays situés sous les tropiques, où la végétation, dit A. de Humboldt, déploie ses formes les plus majestueuses, il se sent alors transporté d'admiration à la vue de ces imposants végétaux. Ce ne sont plus ces humbles fougères de nos contrées, mais des arbres élancés qui élèvent dans les airs leur tige qui va jusqu'à 10 mètres. Mais combien sont petits encore ces arbres des tropiques, en comparaison de ces immenses végétaux qui, enfouis sous la terre depuis tant de siècles, ont été mis au jour, grâce au génie de quelques hommes d'élite! Ce sont ces antiques fougères qui, pressées les unes contre les autres, et mêlées aux immenses troncs d'arbres de la période carbonifère, ont formé ces bancs de houille qu'utilise aujourd'hui l'industrie.

La tige des fougères est variable suivant les espèces. Dans les Polypodium, elle est rampante; chaque année elle se détruit à une de ses extrémités et s'allonge par l'autre, de sorte qu'on est fort étonné de voir ces plantes changer de place. Dans d'autres (Struthiopteris), elle est verticale, mais comme celle des Polypodes, elle se détruit à un bout et s'allonge par l'autre. Enfin, dans les fougères arborescentes, la tige verticale s'accroît toujours à son sommet sans se détruire à sa base. Elle est simple, cylindrique, et ne porte aucune feuille, si ce n'est à son sommet où celles-ci forment un vaste bouquet. Elle a une grande analogie de port avec les palmiers, mais elle en diffère par sa structure. Extérieurement on observe sur toute sa longueur des marques circulaires qui ne sont autre chose que les cicatrices des anciennes feuilles ; à sa base elle présente quelquefois une masse conique formée par des racines adventives qui, indépendamment des racines proprement dites, sont destinées à la fixer au sol; mais la plupart du temps la tige est aussi épaisse au sommet qu'à la base; son accroissement ne se fait pas en diamètre comme celui des arbres dicotylédones, mais par l'allongement continu des fibres, et par le développement d'un bourgeon terminal. C'est pour cette raison que la tige est ordinairement simple et sans ramifications; cependant l'Alsophila Perrotetiania, fougère des Indes dont le Jardin des plantes possède un individu, présente à sa partie supérieure une bifurcation qui provient de la production de deux bourgeons terminaux.

Coupée transversalement, la tige est formée d'un tissu utriculaire pâle, dans lequel on remarque, près de la périphérie, plusieurs amas bizarres plus colorés que le parenchyme. Ces amas, composés de vaisseaux rayés, scalariformes, présentent par leur réunion l'aspect d'un anneau. Chacun de ces amas est entouré d'une ligne noire diversement contournée, qui n'est autre chose que du tissu fibreux dont l'allongement continu produit l'accroissement en hauteur de ces végétaux acotylédonés. En dehors de l'anneau est une zone cellulaire que recouvre une sorte d'épiderme dans le jeune temps, et plus tard une membrane dure produite par les bases persistantes des anciennes feuilles. Pour exemple de figures bizarres, je citerai la grande fougère, Pteris aquilina, dont la section oblique représente, surtout près de la racine, un double aigle. (suivre.)

Lunéville. A. LEMAIRE.

 

 

 

  


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