Histoire naturelle
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Ravages des chenilles

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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RAVAGE DES CHENILLES SUR LES POMMIERS.

« Monsieur le Rédacteur,

» Les desiderata que vous exprimez au sujet de Paris existent ici comme par toute la France. Nous avions vu déjà nos pommiers atteints l'année dernière. La sécheresse générale qui s'étend même en Allemagne a permis la multiplication de ces Lépidoptères. A un moment donné, tous les pommiers nous ont paru comme garrottés de fils blancs, couvrant toutes les parties foliacées, puis des myriades de chenilles microscopiques ont dévoré toutes les feuilles. Branches, rameaux, troncs, reprenaient la parure de l'hiver comme lorsque la neige les a blanchis. Ces chenilles, grossies de tout le feuillage dévoré, descendaient alors au moyen de leur soie, tout en recouvrant l'arbre d'un suaire ; s'occupant alors de leur métamorphose en chrysalides, elles se réunissaient comme dans un cimetière de momies agrégées par rang et superposées, se recouvrant encore d'un nouveau suaire à fils plus denses. Nous avons récolté plusieurs de ces nids, afin de connaître le papillon auteur de ce fléau. On peut impunément les toucher, ils n'ont pas de piquants comme les nids des Processionnaires.

» Quelle souffrance, ou mieux, quelle perturbation pour ces pommiers ayant à vivre quand même sans feuilles et, par surcroît, ensevelis sous un lacet de soie ! Cependant, ils sortent victorieux. La Saint-Jean ramène un nouveau feuillage. La deuxième sève leur donne bientôt assez de vigueur pour vivre. En examinant attentivement les chrysalides, nous avons trouvé une analogie à minima avec celles de la teigne des ruches, Galeria cerella, plus grosses, non agrégées. Nous avons malheureusement connu celle-ci dans quelques ruches qu'elle a détruites, ce qui nous fait supposer un degré très proche de parenté. Nous croyons donc que le papillon, auteur de ce fléau, appartient à la famille des Nocturnes, septième tribu, les Tinéites, genre Lithosie, espèce Lithosie crible. » Que faire contre elle, la flamber? mais comment agir sur un arbre entier, surtout quand il est grand? Empoisonner avec du suc de tabac? mais il faudrait comme une pluie du ciel, et encore la Lithosie est-elle prémunie par son vélum. Jusqu'ici on a laissé faire, et le fléau a agi ; il n'a cessé que lorsque le feuillage a disparu. Faut-il rester dans le farniente ? Le mal étant connu, que lui opposer?

» Au printemps, au développement des feuilles, après une pluie qui les aurait mouillées, faire tomber de la fleur de soufre qui s'attacherait ainsi au feuillage. La propriété toxique du soufre sur tous les insectes en général agirait, et par contact immédiat et à distance, par la propriété qu'a cet agent de brûler à l'air libre. Couvrant l'arbre d'une atmosphère soufrée, il agirait d'une manière générale sur les chenilles qui en seraient asphyxiées.

» On pourrait aussi produire une mouillure factice à l'aide d'eau gommée tenant en suspension de la fleur de soufre qu'on lancerait sur l'arbre avec l'arrosoir à seringue; on pourrait aussi faire tomber la fleur de soufre avec un tamis emmanché.

» Puymaurin.  D'Hers. »

Voici la réponse à la lettre qu'on vient de lire :

« Paris, 18 juillet 1870.

» Bien cher Monsieur,

» Aujourd'hui seulement on vient de me faire connaître le nom de l'insecte que vous m'avez donné, le 30 juin dernier, à l'état de chrysalide. C'est l'Iponomeuta signatella Freits. Ce nom m'est indiqué par un des premiers entomologistes du Muséum à qui j'avais remis votre échantillon. J'aurais désiré vous donner des renseignements plus complets, et surtout de pouvoir ajouter aux renseignements que vous indiquez pour détruire cet insecte dévastateur. Je ne le puis, et pour cause que vous comprendrez facilement. » Agréez, cher Monsieur et Collaborateur, l'hommage de mes meilleurs sentiments.

» A. Carrière. »

 

 

 

  


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