Histoire naturelle
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Notes sur le crapausd II

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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NOTES SUR LE CRAPAUD.

II Usage qu'on en faisait autrefois.

Nous avons vu que le crapaud, sans être à proprement parler un animal venimeux, produit une humeur irritante. Nous arrivons maintenant à une page curieuse de l'histoire naturelle d'autrefois : les nombreux emplois du crapaud en médecine et en sorcellerie dans les siècles passés. Il serait impossible de reproduire ici toutes les fables qu'on a débitées, autrefois surtout, sur ce malheureux batracien. Les calomnies odieuses dont il a été l'objet, les histoires merveilleuses dont il a été le héros, les propriétés médicinales (supposées) qui l'ont fait rechercher par les alchimistes, rempliraient des volumes entiers. Plusieurs de ces faits sont si curieux, si étonnants, si absurdes parfois, que je ne puis m'empêcher d'en citer quelques-uns. Ils serviront à illustrer la science de nos pères, cette science mystérieuse, objet d'effroi et de superstition pour les populations. En apercevant un crapaud, on est frappé de son aspect étrange et même hideux; il n'est donc pas étonnant que les alchimistes et les ancêtres de nos médecins aient donné une place si considérable au pauvre Bufo dans leurs opérations magico-médicinales et dans leurs expériences singulières. En effet, nous le voyons au premier rang, avec l'oiseau des ténèbres et la chauve-souris, parmi les animaux infortunés que martyrisaient les alchimistes ; car, dans ces sombres laboratoires où la lumière du jour ne pénétrait jamais, les pauvres animaux, doués pour leur malheur d'une physionomie étrange, subissaient un martyre dont les opérations déjà assez cruelles, que les physiologistes actuels font subir a leurs victimes, ne sauraient donner une idée. Jugez-en par quelques exemples :

« Bufo, Physalus, Rubeta(1), en français crapaud, est une espèce de grenouille terrestre grosse environ comme le poing, laide, hideuse, effroyable, couverte d'une peau dure grise, brune, parsemée de taches qui semblent autant de pustules ; sa tête est grosse, son dos est large, son ventre est enflé et ample; il habite les lieux humides, sombres, cachés, puants; il mange de l'herbe et des vers. On prétend que les herbes qu'il a touchées ou qu'il a humectées de sa bave soient empoisonnées. . . Il ne faut non plus craindre qu'il soit resté du venin dans le crapaud mort, que dans la vipère morte, mortua bestia, mortuum est venenum. On trouve dans les marais des crapauds aquatiques, mais ils n'ont pas tant de vertu que les crapauds terrestres, à cause qu'ils ne contiennent pas tant de sel volatil.. . On trouve quelquefois dans la tête des plus gros et plus vieux crapauds une petite pierre blanche ou d'autre couleur qu'on appelle ordinairement crapaudine ou pierre de crapaud : on l'enchâsse dans les bagues et on la porte au doigt, croyant qu'elle ait une grande vertu pour résister à la malignité des humeurs. . .; mais je n'ai guère d'estime pour les amulettes. . . » (Dictionnaire des drogues simples, par Nicolas Lemery, docteur-médecin, 1727). Titre oblige, et M. Lemery, de l'Académie des sciences, n'ose déjà plus mettre dans son dictionnaire les absurdités répandues à foison par ses prédécesseurs Cependant les couleurs sous lesquelles il peint le crapaud ne sont guère aimables, quoique le portrait ne manque pas de vérité. D'autre part, il y a encore bien des erreurs grossières, mais ce n'est rien en comparaison des écrits effroyables d'autres auteurs plus anciens, et même plus modernes. Voici, par exemple quelques extraits d'un Dictionnaire botanique et pharmaceutique de 1 790 (!) dont l'auteur garde l'anonyme. C'est qu'il n'est sans doute pas de l'Académie des sciences... : « On perce au mois de juillet des crapauds par la tête ou par le cou avec un bâton pointu, puis on les laisse sécher à l'air pour l'usage tant interne qu'externe. ..Il arrête immanquablement l'hémorragie du nez, si on l'applique derrière les oreilles, si on le tient serré dans la main jusqu'à ce qu'il s'échauffe, ou si on le pend au cou des malades. — La poudre de crapaud se fait par la trituration simple de l'animal desséché ; mais les crapauds calcinés sont meilleurs. Faites bouillir 3 ou 4 crapauds jetés vifs, pendant une heure, dans une livre et demie d'huile d'olive ; coulez l'huile et la gardez pour ôter les taches du visage. »

Voici maintenant une troisième recette. Libre au lecteur de l'essayer... s'il y croit :

« Pour empêcher que les oyseaux ne gâtent les semailles en mangeant le grain. Il faut avoir le plus gros crapaut que l'on pourra trouver, et on le fermera dans un pot de terre neuf avec une chauve-souris, et l'on écrira en dedans du couvercle du pot ce mot : Achizech, avec du sang de corbeau, et l'on enterrera ce pot dans le milieu du champ ensemencé, et ne faut pas craindre que les oyseaux en approchent : quand les grains commenceront à meurir, il faut ôter ce pot et le jeter loin du champ dans quelque voirie » (Secrets concernant les arts et métiers. Nancy, 1724).

Surtout, ami lecteur, si vous employez la recette, n'oubliez pas Achizech.

Celle-ci est plus ancienne encore, et vient d'Angleterre :

« On ne peut se procurer la pierre précieuse qui se trouve dans la tête du crapaud par la dissection de l'animal; il faut l'obliger a la rejeter de lui-même. Mais l'art consiste dans la façon de la faire rejeter, car il faut que l'animal soit en vie. Pour cela on met les crapauds sur un morceau de drap écarlate, qui leur plaît beaucoup, et sur lequel ils s'étendent tout de leur long, comme pour jouer; ils rejettent alors la pierre précieuse, mais ils l'avalent immédiatement, Si l'on ne parvient à la leur enlever par ruse ; et pour cela, il doit y avoir un trou dans le drap, pour que la pierre tombe dans un vase d'eau froide, où le crapaud n'ose pas la suivre... On fait l'épreuve de cette pierre en l'approchant d'un crapaud vivant : s'il tourne la tête vers elle, elle est bonne. »

Voici maintenant l'emploi que les médecins de cette époque faisaient de l'animal lui-même : «Le duc de Saxe, Frédéric, portait toujours sur lui un crapaud embroché dans un morceau de bois et entouré de toile. Lorsqu'il rencontrait quelqu'un qui saignait du nez, il lui faisait tenir le crapaud dans sa main jusqu'à ce qu'il eût acquis une certaine chaleur ; le sang cessait alors de couler. La seule explication que les médecins aient jamais pu donner de ce phénomène, c'est que l'horreur et la crainte obligeaient le sang à refluer à sa propre place, par crainte d'un animal aussi contraire à la nature humaine ! »

Que dites-vous encore de ceci ? Quiconque touche une feuille d'un arbre prés duquel un crapaud a habité est pris de crampes violentes. Cela tient au foie, qui est de nature extrêmement mauvaise ; heureusement que le crapaud en a un second qui fait office d'antidote. On se servait aussi, contre le venin de crapaud, d'une recette que je traduirai en entier, parce qu'elle montre les idées des anciens médecins sur les remèdes d'autant plus énergiques qu'ils étaient plus compliqués : « Prenez du plantain, de l'ellébore noire, des crabes réduits en poudre, du sang de la tortue de mer mélangé à du vin, des morceaux de langue de chien, la corne droite pulvérisée d'un cerf, du cumin, de la quintessence de mélasse et l'huile d'un scorpion. Mêlez et prenez ad libitum »

(1) De rubus, ronce, parce que le crapaud se trouve souvent sous cette plante. On trouve déjà ce nom dans Pline.

(A suivre.) E. DOLLFUS.  

 

 

 

  


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