Histoire naturelle
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Aperçu sur la végétation du monde primitif

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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APERÇU SUR LA VÉGÉTATION DU MONDE PRIMITIF.
(Suite.)
II. Époque secondaire.
1 ) La végétation pendant la période triasique.
§ 1

Avec l'époque permienne nous avons clos la série des terrains primaires ; l'époque secondaire, dans laquelle nous entrons avec la période triasique, s'ouvre encore par une formation arénacée d'une grande importance : c'est le grès bigarré. Pendant cette période, le règne végétal a pris un très grand développement, mais sa physionomie a complètement changé. Nous ne retrouvons plus aucune trace des Lepidodendrum ou des Sigillaria de la période houillère, et les fougères seules présentent encore assez de ressemblance avec celles de celte formation ; mais le nombre des Equisétacées augmente considérablement, et les plantes phanérogames, dans leurs représentants les plus inférieurs, les dicotylédonées gymnospermes arrivent à un développement très grand. Le grès bigarré étant une formation riveraine, on pouvait, du reste, s'attendre à trouver enfouis dans ces dépôts de nombreux vestiges de plantes qui ont été charriées par les cours d'eau de l'intérieur des terres dans la mer, où le grès s'est déposé.

Malheureusement, on ne connaît jusqu'à présent que peu de localités qui aient pu fournir un nombre suffisant de fossiles pour nous donner une idée de la physionomie du règne végétal pendant celte période. Les carrières de Soultz-les-Bains, près Molsheim (Bas-Rhin), sont certainement les plus connues sous ce rapport : une forêt entière a été enfouie en cet endroit et nous a été conservée avec toute sa flore. Rien n'y manque : les empreintes des plantes les plus délicates, les fines découpures des fougères, des rameaux entiers de conifères avec leurs chatons, leurs cônes et leurs graines, des troncs énormes, s'y retrouvent dans un parfait état de conservation, soit dans les marnes qui alternent régulièrement avec le grès, soit plus rarement dans le grès lui-même.

On peut dire que le grès bigarré est par excellence le règne des conifères : nous en rencontrons deux types très particuliers dont les descendants sont aujourd'hui exotiques et ne se retrouvent que dans quelques localités. Le premier appartient à la famille des Cupressinées : c'est le type des Araucaricées dont quelques rares espèces vivent encore au Chili et à la Nouvelle-Zélande. Il est largement représenté dans le grès bigarré par le genre Voltzia dont on connaît de nombreuses espèces (Voltzia brevifolia, heterophylla, acutifolia, tenuifolia, etc.). Des rameaux entiers couverts de feuilles et chargés de cônes, de gros troncs de ces arbres, nous ont été conservés, et montrent que le port des Voltzia devait ressembler beaucoup à celui de l'Araucaria excelsa de l'île de Norfolk, conifère cultivé dans nos serres comme plante d'agrément.

L'autre type est un Albirétacée : c'est celui des Damaras que l'on ne rencontre que presque exclusivement à la Nouvelle-Zélande, mais qui, pendant la période du grès bigarré, avait de nombreux représentants et constitue les genres fossiles appelés Haidingera. et Albertia. Les espèces caractéristiques sont : Haidingera speciosa et Albertia elliptica, latifolia.

Outre les conifères qui composaient la plus grande partie des forêts de cette époque, nous retrouvons les restes de nombreuses et belles fougères croissant en parasites sur les rameaux pourris des vieux arbres ou dans les fentes des rochers, et même des fougères arborescentes. Elles représentent les genres fossiles appelés Neuropteris elegans, Voltzii, polypodioïdes, Crematopteris typica, Sphenopteris palmetta et Aniomopteris Mongeoti, cette grande el belle fougère qui caractérise si bien le grès bigarré. Il ne faut pas non plus oublier une plante monocotylédonée qu'on a quelquefois trouvée dans le grès bigarré et que l'on considère comme appartenant à la famille des Yucca : c'est l'Yuccites vosegiacus, arbre peu élevé, ramifié seulement au sommet avec des touffes de feuilles comme en portent les Yucca.

A côté de cette végétation forestière, nous retrouvons les traces de nombreuses plantes aquatiques qui se sont développées dans les grands marais de cette époque. Là nous trouvons également des formes toutes particulières : la famille des Equisétacées continue à jouer un grand rôle dans cette végétation ; mais tandis que les prèles arborescentes de l'époque houillère étaient garnies de longs rameaux à feuilles verticillées, celles du grés bigarré apparaissent déjà avec les gaines que nos Equisétacées d'aujourd'hui ont conservées. Deux espèces surtout de ces prêles gigantesques se rencontrent dans ce terrain : c'est l'Èquisetites arenaceus et l'Equisetites Mongeoti. Quelques savants ont rangé dans cette même famille des Equisétacées une plante très singulière que l'on a souvent réunie à la famille des Smilacées : c'est la Schizonnera paradoxa. Sa tige, qui pouvait atteindre près d'un mètre de haut, se subdivisait en plusieurs rameaux garnis de feuilles qui présentent, pour la forme extérieure, une certaine analogie avec celles des lauriers. Mais de toutes les plantes marécageuses de cette époque, la plus remarquable est certainement le célèbre AEthophyllum speciosum Schimp., type très curieux qui réunit, en quelque sorte, la famille des Graminées et des Typhacées. Le superbe échantillon qui se trouve au muséum de Strasbourg a été trouvé à Soultz-les-Bains : c'est une tige d'un mètre vingt-cinq centimètres à peu près de haut, se subdivisant en cinq ou six rameaux ligneux, terminés chacun par de longs épis floraux. Outre cet échantillon, on en a trouvé un autre beaucoup plus petit, qui forme peut-être une espèce particulière appelée par M. Ad. Brongniard AEthophyllmn stipulare, et qui appartient également au muséum de Strasbourg.

§ 2.

La formation qui suit le grès bigarré est celle du calcaire conchylien ou Muschelkalk : une mer immense et sans rivage a de nouveau fait irruption dans les terres, ensevelissant sous ses flots les forêts et les marais de la période précédente. Si le développement du règne animal, et particulièrement des Mollusques, des Crinoïdes et des Nothosauriens a été très grand dans cette mer limpide et peu profonde, celui du règne végétal fut presque nul. On comprendra facilement que les algues marines aient seules pu prospérer, et encore ne retrouve-t-on que rarement leurs empreintes sur le calcaire. Elles appartiennent toutes à la famille des Fucoïdes qui a pris naissance avec le premier développement du règne organique. C'est le genre Sphoerocites, dont nous retrouverons des représentants dans les schistes bitumineux du Lias supérieur qui domine dans la mer du Muschelkalk (Sphoerocites Blondowskianus Goepp.). En outre, nous voyons apparaître les algues unicellulaires, à carapace siliceuse, de la famille des Diatomées. Ces algues, qui formeront pendant l'époque tertiaire le célèbre tripoli de Bilin, en Bohême, sont représentées dans le calcaire conchylien par le genre Bactryllium (Bactr. canaliculatum) . Aujourd'hui, les Diadomées ne se retrouvent plus que sous des formes microscopiques et se développent de préférence dans les eaux douces. La végétation terrestre de celle période, autant qu'il est possible d'en juger d'après les rares fossiles végétaux qu'on y a rencontrés, ne devait guère différer de celle du grès bigarré. Outre de gros troncs appartenant sans doute à un grand conifère, le Pinîtes Goeppertanus, on a rencontré des empreintes de fougères (Neuropteris Gaillardoli).

Strasbourg, juillet 1 871 . P. K. (A suivre.)

 

 

 

  


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