Histoire naturelle
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La pie-grièche

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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LA PIE-GRIÉCHE (Lanius). LA PIE-GRIÉCHE ÉCORCHEUR (Lanius colluris).

La pie-grièche écorcheur (passereau de la famille des dentirostres, Cuvier) se rapproche beaucoup du corbeau par ses moeurs et ne se montre pas moins intelligente que lui, mais son caractère à l'état sauvage est d'une cruauté qu'on ne saurait s'expliquer.

La pie-griéche écorcheur ne manque jamais, quand la faim ne la presse pas trop énergiquement, d'enfiler aux épines des buissons de gros insectes qu'elle capture, et même les petits oiseaux nouveau-nés qu'elle vole vivants dans le nid maternel. Placée sur quelque branche voisine, elle se plaît à contempler ses victimes se débattre convulsivement dans les angoisses de l'agonie et à écouter les cris désespérés qu'elles jettent. Parfois des heures s'écoulent avant qu'elle se décide à leur donner le coup de grâce. Souvent même, après avoir joui de leurs tortures, elle les abandonne sans y toucher et les laisse en proie à une mort lente et douloureuse.

Comme pour le corbeau, la domesticité adoucit ou plutôt change complètement les moeurs de la pie-grièche. Cet oiseau s'y montre doux et affectueux pour son maître; d'une intelligence rare, il apprend en peu de temps à prononcer des mots et même des phrases entières qu'il dit souvent fort à propos et dont il semblerait qu'il comprend le sens. L'historien Turnus rapporte que François Ier possédait une pie-grièche de cette espèce. Il la menait à la chasse et la portait sur le poing comme les faucons avec qui elle rivalisait d'audace et d'adresse. Ne reculant même pas devant un héron, elle volait à cet oiseau, tournoyait autour de lui et finissait par s'abattre sur sa tête et par lui crever les deux yeux à coups de bec. Elle revenait ensuite sur le poing royal et disait très clairement et allègrement ces mots : « Nous avons fait bonne chasse, père. »

La pie-grièche écorcheur diffère des autres oiseaux de son espèce par un plumage d'un gris bleuâtre, mélangé de marron, de blanc et de teintes roses. Une bande noire s'étend de son bec jusqu'aux oreilles, en traversant l'oeil. Nomade, elle voyage en famille, arrive en France vers le printemps el repart aux approches de l'automne, pour se rendre soit en Afrique, soit même dans l'Amérique méridionale.

Senlis.
Henry Richer.

 

 

 

  


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