Histoire naturelle
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Entomologie pratique

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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ENTOMOLOGIE PRATIQUE.
L'échenillage (suite).
II.

Un autre ennemi plus terrible encore pour nos arbres fruitiers est le Bombyx Neustria, vulgairement appelé la livrée. Son nom lui vient de ce que sa chenille assez jolie, mais mollasse au toucher, est habillée comme d'un velours roussâtre, rayée de bandes longitudinales bleues ou brun rouge foncé, formant un costume voyant. Sa tète est d'un bleu cendré, avec deux tâches noires, et il y a sur la sommité du onzième anneau une petite éminence bifide de cette dernière couleur. Son ventre est entièrement noirâtre et présente à chaque segment une tache plus foncée. Toutes ses pattes sont aussi noirâtres, mais les membraneuses ont la couronne blanchâtre.

La femelle de ce lépidoptère, dont l'apparition a lieu vers le commencement de juillet, dépose ses oeufs, au nombre d'environ 250, autour des plus petites branches des arbres (on en trouve parfois sur les tiges du rosier); ils semblent soudés entre eux et forment ce qu'on peut appeler une vraie bague ou un bracelet.

Ils sont à découvert, mais protégés par une couche d'enduit brun noirâtre qui se durcit à l'air, et tellement adhérents qu'ils passent l'hiver sans que ni la pluie, ni la neige, ni les froids les plus rigoureux de nos climats leur soient le moins du monde nuisibles

Malheureusement, par leur ténuité, leur couleur et leur situation, ils échappent complètement à l'oeil des échenilleurs les plus habiles.

Aussi, malgré tous les soins que peut prendre le jardinier le plus attentif, l'amateur le plus clairvoyant, la plupart de ces bagues échappent à leurs investigations.

Il est donc préférable pour ce ravageur, d'attendre l'éclosion de la chenille, qui a lieu vers le commencement ou la fin d'avril, selon les circonstances atmosphériques de l'année.

Comme depuis leur naissance jusqu'à l'âge adulte tous les individus d'une même ponte vivent en société dans une toile commune, il est facile d'apercevoir les jeunes larves aussitôt leur sortie de l'oeuf.

On attend donc soit le soir, soit le matin, moments où toute la nichée est réunie; on coupe avec précaution, pour éviter qu'elles ne se laissent tomber, le bout de la branche où les chenilles se tiennent groupées, et on jette au feu branches et chenilles. On a aussi remarqué que par une forte pluie ou par un temps froid ces chenilles rentrent également chez elles.

Sans cette Saint-Barthélemy, on voit bientôt les chenilles grossir aux dépens des feuilles, des bourgeons et même des fleurs de l'arbre, jusqu'à ce qu'au mois de juin, parvenues à toute leur croissance, elles filent entre des feuilles ou sous la corniche des murs une coque composée d'un double tissu, dont la première couche est fort lâche et la seconde plus serrée. Cette coque est ovale, molle, blanche et enduite intérieurement d'une substance liquide qui sèche très vite et forme sur la surface extérieure une poussière d'un jaune soufre, poussière que j'ai soumise, après beaucoup d'autres, à l'action du feu, et qui n'est certainement point inflammable, comme on l'a prétendu longtemps.

La chrysalide est d'un noir brun finement saupoudré de jaune pâle, avec les stigmates d'un noir foncé, les anneaux et les deux extrémités garnis de cils roussâtres. Elle a la partie postérieure brusquement atténuée ou terminée en une pointe allongée et obtuse.

Le geai, paraît-il, en détruit un grand nombre. Cette espèce est beaucoup plus commune dans le Nord que dans le Midi; on la trouve aussi dans l'Amérique septentrionale.

Il me reste à vous parler du Bombyx dispar (genre Ocneria ou Liparis), vulgairement bombyx disparate ou dissemblable, espèce redoutable et à laquelle on ne prête, pour ainsi dire, aucune attention.

Réaumur appelle sa larve la chenille à oreilles du chêne et de l'orme. Son nom de dispar lui vient de la grande différence qui existe entre le mâle et la femelle; tandis que le premier a les ailes d'un brun grisâtre, la femelle, au contraire, les a d'un blanc légèrement teinté de jaunâtre ou de gris; leur taille diffère également beaucoup; la femelle est plus grande et son corps, qui est très volumineux, a le devant d'un blanc jaunâtre et le derrière d'un gris brun, avec un bourrelet de poils destinés à couvrir les oeufs, qui sont sphériques et d'un rouge pelure d'oignon pâle.

La femelle reste constamment immobile, collée pour ainsi dire contre le tronc des arbres, où elle dépose aussitôt après l'accouplement une multitude d'oeufs (cinq cents environ) qui forment des masses velues brunâtres, en tout semblables à une éponge ou encore à un morceau d'amadou, ce qui l'a même fait surnommer la spongieuse.

Rarement elle pond sur les menues branches, mais de préférence sur le bois, entre les fentes de l'écorce des peupliers, du frêne, du noisetier, du poirier, du pommier, du prunier, et particulièrement du pêcher, de l'abricotier, du tilleul, du hêtre, de l'orme, du chêne, etc.

On trouve souvent de ses oeufs vers la bifurcation des grosses branches, parfois même sur les pierres d'un mur.

Les plaques qui renferment ces oeufs sont placées d'ordinaire assez bas et sont assez visibles. Il suffit de les détacher à l'aide d'une spatule ou d'un grattoir, de les écraser ou de les brûler. La chenille de cette dernière espèce est d'un brun noirâtre finement réticulé de gris cendré; chaque segment porte des tubercules pourvus de poils noirs et roux; les quatre segments antérieurs ont les tubercules bleus, les autres segments les ont rouges. Elle se tient préférablement entre les crevasses des arbres. Son éclosion a lieu fin avril et sa métamorphose en chrysalide dans le courant de juillet, après avoir atteint de 60 à 70 millimètres de longueur, selon les sexes.

La chrysalide est d'un brun noirâtre, avec les incisions plus claires et les anneaux garnis de petits bouquets de poils jaunâtres. Son extrémité postérieure finit en une pointe large que terminent deux faisceaux de petits crochets ferrugineux. Elle est enveloppée d'un léger réseau grisâtre, ou simplement suspendue par la queue en suite de la rupture des fils.

Le papillon éclôt au bout de quinze à vingt jours, et paraît depuis la fin de juillet jusqu'au quinze août. Autant la femelle est lente et paresseuse, autant le mâle est vif; il vole rapidement, d'une manière saccadée, à l'ardeur du soleil, à la recherche d'une femelle qu'il ne trouve que trop facilement.

Cette espèce est également moins commune dans le midi que dans le nord et le centre de la France, et elle est à peine connue dans les pays de montagnes. Une particularité assez remarquable de sa chrysalide, c'est la faculté qu'elle a, quand on la touche, de rouler sur elle-même avec une grande rapidité; mais comme ce mouvement continué dans le même sens briserait le fil ténu qui la supporte, elle change de temps en temps le sens de la rotation.

La chasse aux chenilles de toutes ces espèces demande beaucoup de prudence; car les poils dont leur corps est couvert entrent très facilement dans la peau et occasionnent des ampoules et des démangeaisons très douloureuses capables d'amener la fièvre.

Du reste et pour en revenir à mon point de départ, je ne saurais trop recommander la chasse aux oeufs, plus aisée et plus expéditive.

Bien d'autres espèces sont également nuisibles à plus d'un titre et méritent une mention spéciale; ce sera l'objet de quelques autres articles.

Amboise.
Ernest Lelièvre,
Membre correspondant des Sociétés d'études scientifiques d'Angers et d'études scientifiques de Paris.
(A suivre.)

Erratum à mon article du 1" mars 1873. Page 57, ligne 2'.), au lieu de maigre, c'est noire qu'il faut lire; page 50, ligne 25; page 57, ligne 11, ce n'est pas arclée, mais arciie qu'il faut lire. E. L.

 

 

 

  


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