Histoire naturelle
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Le chant du moqueur

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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LE CHANT DU MOQUEUR.

Chacun connaît le moqueur et porte sur lui des jugements plus ou moins erronés; on le compare généralement au rossignol, et on prétend que ses accents surpassent la douce harmonie du chantre de nos bois; d'autres lui refusent une voix mélodieuse, et n'en font qu'un imitateur insipide des autres oiseaux.

Ces deux opinions sont vraies, mais le moqueur ne chante pas seulement, n'imite pas seulement, il imite avec habileté les voix qu'il a entendues, et les embellit en les répétant.

Qu'on nous permette, avant d'examiner en particulier le chant de cet oiseau, de dire quelques mots sur les habitudes et les moeurs du moqueur.

C'est un passereau à plumage gracieusement varié de nuances blanches, noires et bleues. Sa parure est élégante, sans être superbe comme celles des brillants oiseaux-mouches et des nombreux oiseaux d'Amérique aux couleurs éclatantes. Le moqueur habite les forêts de la Louisiane, mais ne craint pas de s'approcher des habitations où il trouve un appui sûr contre les attaques de ses ennemis, de la part des planteurs américains, dont le respect pour cet oiseau est le même que l'amour de nos cultivateurs pour l'hirondelle.

Le cri habituel du moqueur est une note sinistre ressemblant à celui du Turdus rufus ou moqueur français. C'est sur les branches des arbres, près de quelque fontaine, qu'il fait entendre sa voix lugubre.

Le soir, quand la nuit couvre les forêts; à l'aube, lorsque le soleil se lève, et pendant le jour, tandis qu'il répand sa torride chaleur, le moqueur jette ses chants à tous les échos. Ce ne sont point les sons faibles et amollis de la flûte ou du hautbois que l'on croirait entendre, mais les plus belles notes que la musique naturelle peut exprimer. L'harmonie du chant, les modulations variées restent sans égal. Telle est la voix du moqueur; c'est ainsi que la dépeint Audubon (1), qui souvent l'avait entendue dans les bois de la Louisiane. Le rossignol n'a pas cette puissance, ajoute-t-il, et les naturalistes aussi bien que les amateurs des chants des oiseaux, qui comparent le chant de ce dernier à celui de l'oiseau américain, se trompent, car le moqueur surpasse de beaucoup le rossignol.

Non seulement le moqueur chante bien et avec goût, mais il chante avec action, avec âme, ou plutôt son chant n'est que l'expression de ses affections intérieures; il s'anime à sa propre voix, et l'accompagne par des mouvements cadencés, toujours assortis à l'inépuisable variété de ses accents naturels. D'abord, il s'élève peu à peu, les ailes étendues, puis il retombe, la tête inclinée, au même point d'où il est parti. Ce n'est qu'après avoir continué quelque temps ce bizarre exercice que commence l'accord de ses mouvements divers ou, si l'on veut, de sa danse, avec les différents caractères de son chant.

Vieillot, dans son Ornithologie de l'Amérique septentrionale, ne parle pas du moqueur avec éloge; il ne paraît pas aussi enthousiasmé du chant de cet oiseau que le célèbre Audubon; et comme le moqueur n'a pu lui plaire dans les forêts, il présume que sa voix devient plus mélodieuse pendant la captivité. Chacun vante son pays ; mais pourquoi vouloir égarer la science? Vieillot nous paraît un homme de mauvais goût, car, d'après tous les naturalistes américains, d'après beaucoup d'autres savants étrangers, et autant que nous-même avons pu le juger, le moqueur n'a point de rival.

De plus, l'observation a démontré que l'oiseau dont nous parlons s'élève fort bien en cage, mais il doit être pris au nid huit ou dix jours après sa naissance. Il devient très familier et affectionne quelquefois son maître à un tel point qu'il le suit dans ses appartements. Mais quand bien même on prodiguerait à cet oiseau tous les soins possibles, son chant n'aurait jamais en captivité la même mélodie qu'à l'état de liberté.

Le moqueur amuse par le talent inné qu'il a de contrefaire le chant ou plutôt le cri des autres oiseaux; c'est de là sans doute que lui est venu le nom de moqueur; cependant, loin de rendre ridicules ces chants étrangers qu'il répète, il paraît ne les imiter que pour les embellir; on croirait qu'en s'appropriant ainsi tous les sons qui frappent ses oreilles, il ne cherche qu'à enrichir et à perfectionner son propre chant et qu'à exercer de toutes les manières possibles son infatigable gosier.

Ce ne sont pas seulement le chant des oiseaux, mais aussi les voix de certains quadrupèdes qu'il s'amuse à répéter. On dit qu'il imite la voix humaine ; nous ne l'affirmons pas, mais nous pouvons assurer que le moqueur reproduit les sons que l'homme exécute en sifflant, soit pour appeler les chiens, ou animer ses chevaux, soit pour se divertir.

Aussi les sauvages lui ont-ils donné le nom de cencontlatolli, qui veut dire quatre cents langues, et les savants celui de polyglotte (Turdus polyglottus, Lin .) qui signifie à peu près la même chose.

En terminant, qu'on nous permette de faire un souhait : que l'on essaie d'acclimater en France cet agréable oiseau, soit pour remplacer les serins insipides que l'on voit partout, soit encore pour le laisser libre et en faire le charme des bois.

Paris.
I. F.

(1) Audubon, Ornithol. amèric, tome 1er, p. 108. — Buffon, édition Flourens, tome VI, p. 85. — Vieillot, Hist. nat. des oiseaux de l'Amérique septentrionale, tome II, p. 12.

 

 

 

  


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