Histoire naturelle
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Le corbeau

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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LE CORBEAU (Corvus Lin.)
LE CORBEAU ORDINAIRE (Corvus corax Lin*.)
Corvus maximus (Scopoli)

Le corbeau, passereau de la famille des cultrirostres, est un des plus grands oiseaux de ce genre; son plumage est d'un beau noir, relevé de nuances violacées et d'un moelleux agréable à l'oeil. Ses doigts vigoureux supportent des ongles forts et crochus. Sa longueur est de 15 pouces.

En été, le corbeau habite les forêts et les montagnes; l'hiver, il s'abat par troupes sur les champs et sur les plaines, où l'attire alors une grande quantité de vers et autres insectes qui, avec les petits mammifères, tels que les souris, les campagnols, les mulots, avec les fruits, les graines et la viande pourrie, composent sa nourriture ordinaire

Le corbeau commence la construction de son nid au mois d'avril; cet édifice, qui lui coûte une dizaine de jours de travail, est placé de préférence sur les arbres les plus élevés, à l'extrémité de leurs branches L'extérieur est garni de branches sèches, de racines inégales, de pailles réunies ensemble avec art; l'intérieur est tapissé avec les mêmes matières; seulement, elles sont choisies parmi les plus menues et partant les plus douces, pour les oeufs qu'elles devront recevoir. La femelle pond de 3 à 6 oeufs d'un vert sale, tachetés d'un brun noirâtre.

L'incubation dure 18 jours. Nous n'avons pas besoin de nous étendre ici sur l'éducation des jeunes corbeaux; elle ne présente aucune particularité. Quand il se présentera quelque détail important, nous nous empresserons de le consigner dans nos observations.

Le nid du corbeau n'est pas commun aux environs de Paris; on pourrait expliquer ce fait par la faible étendue des bois qui ne fournissent pas de lieux propres à son séjour, il arrive cependant d'en trouver quelques-uns sur la lisière des forêts parisiennes; mais il se pourrait que ce soit la corneille noire.

Une remarque que nous pourrons faire, c'est que certains corbeaux sont sédentaires et que d'autres aiment à voyager et émigrent annuellement. Ce fait, déjà relaté par certains naturalistes, est digne de l'attention des ornithologistes, car il serait possible que le corbeau émigrant et le corbeau sédentaire soient deux espèces distinctes.

Le corbeau est très inoffensif, et c'est à tort que certaines personnes lui ont attribué des idées de malheur; dans le peuple des villes aussi bien que chez les habitants des campagnes, il est l'objet de superstitions ridicules que l'on pourrait résumer par ces vers de Jean de Meung (1) :

Prophète de male aventure,
Messager de douleur
En son cri, sa forme et couleur.

La vie du corbeau est très longue. Chacun de nous se souvient de cette phrase de la grammaire latine, extraite d'un ancien auteur : Hominum vita brevior quam cornicum vita. D'autres ont encore renchéri et ont prétendu que le corbeau vit cent ans et au delà. Nous pensons que ces assertions ne sont que mensongères.

Si quelques ornithologistes refusaient de se ranger à notre avis, nous leur conseillons de faire comme M. de la Palisse, d'acheter un corbeau et d'attendre. Le corbeau s'apprivoise aisément; on lui apprend à parler et il arrive à prononcer quelques mots assez distinctement.

Qu'on nous permette de plaider ici la cause des corbeaux, vis-à-vis des agriculteurs. Cet oiseau suit pas à pas la charrue pendant le labourage, et du sillon qui vient d'être ouvert il enlève tous les vers et les mange avec avidité. C'est donc bien à tort qu'on le regarde comme nuisible.

Un autre trait prouve la sagacité des corbeaux. Quand une troupe s'abat dans une plaine, elle pose de toutes parts ses avant-gardes et ses sentinelles, pour l'avertir en cas de danger. Dés qu'un homme, un chien se présente, tous sont avertis par un cri particulier que poussent les factionnaires et s'envolent.

Le corbeau sait éviter avec une grande habileté le plomb meurtrier du chasseur. Dés qu'il s'aperçoit qu'on le couche en joue, il fait plusieurs crochets qui lui permettent d'éviter le trépas.

Nous prions les ornithologistes de nous adresser toutes les observations intéressantes qu'ils pourront recueillir sur le corbeau.

Désirant satisfaire les gastronomes, nous nous empressons de leur communiquer une précieuse recette.

Les jeunes corbeaux pris au nid sont un excellent manger, quand on les entoure d'une barde de lard et qu'on les fait cuire à petit feu dans leur jus. Les vieux corbeaux font un très bon consommé; le bouillon est tout blanc et produit une écume semblable à de la neige. Il est délicieux, mais la chair est noire et des plus détestables.

Paris.
Emile Albanel,
Membre de la Société d'études scientifiques de Paris.

(1) Roman de la Rose.

*Le Corbeau. — M. Albanel a mis par erreur pour sous-titre à son article sur le corbeau le nom scientifique de Corvuss corax S. qui est le grand corbeau ; mais les moeurs qu'il décrit ne se rapportent bien qu'aux corneilles et aux freux (Corvus cornix, C. corone, C. frugilegus). Le grand corbeau évite l'homme et les lieux qu'il habite; on ne le trouve que dans les montagnes, les grandes forêts et où il ne peut être troublé. « Il est rare chez nous et ne vit que par paires ou par familles (Brehm). »

 

 

 

  


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