Histoire naturelle
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Coloration et défoliation automnales des végétaux

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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COLORATION ET DÉFOLIATION AUTOMNALES DES VÉGÉTAUX.
I. — Coloration (suite).

Les feuilles qui, comme chacun le sait et comme je l'ai dit, sont les organes les plus habituellement verts, passent à d'autres couleurs dans différents cas. D'abord, el c'est le cas qui nous intéresse le plus ici, en automne leur couleur verte se transforme en jaune, comme par exemple dans le peuplier d'Italie (Populus italica), les érables (Acer pseudo-platanus , A . platanoïdes, A. campestre), les feuilles de l'A. saccharinum rougissent en automne, les orangers ou citres (Citrus aurantium, C. medica, etc.), les marronniers d'Inde (Hippocastanum vulgare, etc.), ou bien en rouge, comme dans les sumacs (Rhus cotinus, R. coriaria, R. vernix, etc.), les amaranthes (Amaranthus retroflexus, A. blitum), l'épine vinette (Berberis vulgaris), le chèvrefeuille (Caprifolium rotundifolium, C. periclimenum, etc.). M. Guibont (Journal pharmaceutique) pense que ce changement est dû à un principe qui remplace la chlorophylle verte des feuilles, mais Macaire (Mémoire sur la coloration automnale des feuilles) a remarqué que peu avant l'époque de ce changement, la feuille cesse d'exhaler de l'oxygène au soleil sans cesser d'en absorber pendant la nuit; d'où il pense que sa chlorophylle s'oxyde, et que cette oxydation, à un premier degré, détermine la couleur jaune, à un second la couleur rouge. L'observation a démontré que le rouge, même le plus décidé, commence toujours par passer par les teintes jaunes. Schubler et Funck (Untersuchungen über die Farben der Blumen) remarquent que les couleurs rouges sont plus fréquentes dans les feuilles qui contiennent quelque acide. Telles sont celles de vigne (Vitis vinifera), de poirier (Pyrus communis), de prunier (Prunus domestica, P. spinosa), de sumac (Rhus cotinus, etc.), de cornouiller (Cornus mas, C. sanguinea). de viorne (Clematis vitalba, C. erecta, C. flammula), d'oseille (Rumex acetosa, R. pratensis, etc.. etc.). Les matières colorantes rouges, tirées des feuilles, forment des infusions qui, comme celles des fleurs rouges deviennent plus intenses par l'effet des acides. Les feuilles jaunes se conduisent à cet égard comme les fleurs jaunes. M. Lemaire-Lisancourt (Bulletin philomatique) croit aussi que le rouge est dû à quelque développement d'acide et les autres couleurs à quelque développement d'alcali; mais, dit de Candolle, quoiqu'il démontre bien que de très petites quantités de ces matières suffisent pour modifier les couleurs, il est loin de prouver que ces développements ont réellement lieu dans toutes les colorations.

Les mêmes décolorations que les feuilles présentent en automne, elles les peuvent présenter par suite de certains accidents; ainsi il arrive souvent que les feuilles piquées par des insectes passent partiellement ou totalement aux teintes jaunes ou rouges; ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ces divers cas d'altération font passer la feuille à la couleur qu'elle aurait prise d'elle-même en automne. Ainsi, les feuilles de peuplier, de lilas deviennent jaunes, et celles de sumac ou de poirier deviennent rouges dans les cas accidentels, comme elles le deviennent en automne. D'où vient cette ressemblance de décoloration dans des cas si différents? Nous ne saurions le dire, et nous laissons ce soin à d'autres.

Outre les deux cas précités, il s'en présente un troisième plus rare que les deux autres, mais qui néanmoins a quelque importance pour que j'en dise deux mots. Certaines feuilles offrent naturellement une face en totalité ou en partie marquée de couleurs spéciales; le jaune s'y remarque rarement, mais par contre le rouge s'y rencontre beaucoup. Ainsi, les feuilles du hêtre (Fagus sylvatica) et celles du noisetier (Corylus avellana) sont rouges dès le printemps; il en est de même pour certains ceps de vigne, pour le chou rouge, l'arroche (Atriplex hortensis rubra), l'épinette rouge (Berberis vulgaris violacea), etc. Chez d'autres végétaux, la couleur rouge n'est qu'accidentelle, comme dans l'herbe à Robert (Geranium Robertianum) et le Calystemum. Il est d'autres plantes qui nous offrent ces trois couleurs à la fois. L'Arum bicolor, par exemple, porte sur les feuilles des taches à la fois rouges et jaunes sur un fond vert. L'Amaranthus bicolor des feuilles de deux rouges différents, foncé et vif ardent. Enfin, on trouve des plantes, comme le Geranium, par exemple, présentant une bande qui, se détachant sur le fond vert de l'ensemble, paraît d'un brun plus ou moins rougeâtre.

Comme on vient de le voir, tout le brillant spectacle des couleurs végétales tend à disparaître soit dans des cas maladifs ou accidentels, soit après leur mort, et, ajoute très judicieusement de Candolle, ce qui rend cette étude très curieuse, c'est qu'on y voit souvent que la décoloration est déterminée par les mêmes agents qui dans d'autres circonstances déterminent la coloration, et que certains organes, qui ne se colorent pas pendant la vie, prennent à leur mort une teinte très prononcée. La lumière solaire paraît être l'agent universel de ces pertes ou de ces changements de couleur. Pendant la vie des plantes, elle agit, comme nous l'avons vu, pour les colorer, mais dans quelques cas son action trop intense les décolore. La plupart des plantes aquatiques prennent en mourant une teinte blanche; on le voit souvent, en particulier, sur les algues marines qui, du plus beau vert ou du plus beau rouge, passent au blanc lorsqu'elles se dessèchent, ce qui arrive très facilement a l'air. Les algues d'eau douce et plusieurs herbes aquatiques présentent le même système de décoloration. L'atmosphère agit évidemment en altérant leur chlorophylle probablement, dit de Candolle, en lui enlevant son carbone, car c'est l'effet ordinaire de l'air sur tous les végétaux morts. Les Chora, en particulier, desséchés à l'air, deviennent tout à fait blancs, ce qui a lieu sans doute à cause de l'énorme quantité de matière calcaire que ces plantes ont accumulée dans leurs tissus pendant leur vie. Les prêles (Equisetum), qui en mourant deviennent aussi très blanches, contiennent également une assez grande quantité de matières terreuses. Les feuilles en mourant revêtent généralement une couleur uniforme d'un roux ou d'un gris brun sale, que l'on connaît sous le nom de couleur feuille morte. Cette teinte peut se comparer avec celle que prennent les fruits devenus blets, comme les sorbes (Sorbus domestica) et les nèfles (Mespilus germanica).

Vienne.
G. Bouat.
(À suivre)

 

 

 

  


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