Histoire naturelle
Précédente / Remonter / Suivante

Coloration et défoliation automnales des végétaux

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

Accueil
Remonter
Phosphorescence de la mer
Histologie végétale
Les Huîtres
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Communications
Le Congrès scientifique de Bordeaux
Les Antiseptiques dans tous les temps
Sur la Chlorophylle et les matières colorantes
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Insectes électriques
Communications
De la préparation des Limaces
De la préparation des Limaces
Société d'études scientifiques de Paris
Observations d'un amateur d'oiseaux
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Communications
La famille des Solanées
Note sur la glacière de la Grâce-Dieu
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Les Huîtres
Recherches sur le terrain de Trias
Recherches sur le terrain du trias
Communications
La famille des Solanées
Le Martinet et son nid
Le Dytisque bordé
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Entomologie pratique
Le corbeau
Communications
Le chant du moqueur
Les antiseptiques dans le temps
Influence de la lumiere
Comminications
Les borraginées
Les antiseptiques
Influence de la lumière
Coloration et défoliation
Entomologie pratique
Une révolution dans l'architecture des hirondelles
La pie-grièche
Les antiseptiques dans tous les temps (suite)
Les borraginées (suite)

 

COLORATION ET DEFOLIATION AUTOMNALES DES VEGETAUX.
I. — Coloration (suite).

A côté des deux phénomènes essentiels dont les feuilles sont le siège sous l'influence de la lumière et qui ont pour effet l'un d'absorber l'acide carbonique contenu dans l'atmosphère, l'autre d'exhaler les liquides impropres à la nutrition des végétaux, il en existe un troisième qui, beaucoup moins localisé que les deux autres, peut cependant être comparé à la respiration des animaux. Les plantes ont aussi une respiration; mais elle n'est pas opérée par des organes spéciaux, comme chez les animaux. La tige, les fleurs, les fruits sont le siège bien constaté d'un échange continu avec l'atmosphère; mais les feuilles, par leur nombre et leur étendue, semblent être les principaux instruments de la respiration des plantes. Cependant leur action est limitée, car elles ne travaillent, en réalité, comme organes respiratoires, que dans les intervalles où l'influence de la lumière ne les transforme pas en organes digestifs. La plupart des auteurs s'accordent à dire que les végétaux respirent la nuit comme les animaux, et le jour, d'une manière tout à fait contraire; car, en effet, si la nuit ils exhalent de l'acide carbonique et absorbent de l'oxygène, le jour, il est bien probable que l'acide carbonique exhalé par leurs tissus se trouve en grande partie repris et décomposé en même temps que l'acide carbonique venu du dehors (1).

Maintenant que la feuille nous est connue dans ses principales fondions, voyons quels sont les agents qui influent sur la coloration et quels sont ceux qui la produisent.

Le parenchyme, avons-nous dit, est formé d'utricules pressées les unes contre les autres, de manière à ne laisser entre elles que d'étroits méats. Dans chacune de ces utricules, il y a un globule coloré en vert que, suivant Pelletier et Caventou, on nomme chlorophylle et chromule d'après de Candolle. Cette substance, dont la nature n'est pas encore bien connue des chimistes, joue un très grand rôle dans la vie des plantes. Néanmoins, l'expérience a démontré jusqu'ici que la chlorophylle est un principe immédiat, contenant du carbone, de l'oxygène, de l'azote, de l'hydrogène et un sel de fer que Richard (2) compare avec raison avec celui que contient le sang des animaux. Celui-ci, en effet, de même que la chlorophylle chez les plantes, est le principe essentiel de la vie chez les animaux, car les globules qui composent le sang contiennent du fer et sont colorés en rouge par l'hématine qui présente assez d'analogie avec la chlorophylle. On peut, du reste, facilement vérifier le fait. Que l'on prenne une plante étiolée dans un lieu obscur; qu'on l'arrose avec une dissolution de sel de fer, on la verra reprendre, en très peu de temps, sa couleur verte et son ancienne vigueur (3). Il en serait de même pour un animal quelconque affecté de chlorose; soumis à une nourriture contenant du fer en quantité raisonnable, il retrouverait bientôt les forces perdues.

Outre le carbone, l'oxygène, etc., la chlorophylle contient des matières grasses, stéarine, etc., et des substances azotées, albuminoïdes en petite quantité, qui s'associent avec les premières. L'abondance plus ou moins grande de la chlorophylle dans chaque cellule et sa carbonisation plus ou moins complète déterminent les diverses nuances du vert des surfaces foliacées. Cependant les feuilles de tous les végétaux ne sont pas vertes; il en est beaucoup de rouges; on en trouve même de jaunes; mais ce dernier cas est assez rare (4). Schubler et Funk, dans leurs Recherches sur la couleur des fleurs (5), croient que la couleur rouge des faces inférieures des feuilles de quelques plantes, par exemple du Cyclamen europoeum, de l'Hepatica triloba (6), tient à la coloration de leur épiderme, tandis que Macaire la rapporte à la chlorophylle. Mais comment le carbone, qui est noir, déposé dans une matière blanchâtre, détermine-t-il une couleur verte? Mustel (Traité de la végétation), d'après les notions de l'ancienne chimie, dit que le tissu de la plante est jaune; qu'elle est verdie par le phlogistique qui est bleu et que le soleil dépose dans le végétal. Senebier (Physiologie végétale) se rapproche de lui, en disant que le carbone n'est pas à proprement parler noir, mais d'un bleu très foncé. M. Chevreul (Chimie appliquée à la teinture) admet aussi que le carbone, très divisé dans l'eau et vu par transmission, paraît bleu. Le bleu mêlé au jaune donne le vert. Senebier en cite pour preuve le vert qu'on obtient avec de l'encre de Chine et de la gomme-gutte (7). Néanmoins ce n'est pas de la chlorophylle seule que dépend la couleur des végétaux; il existe d'autres agents qui influent énormément sur celle-ci, ce sont : la lumière et l'atmosphère.

La lumière, tout le monde le sait, en a fait mainte fois l'expérience, est un des principes qui agit avec le plus d'activité sur la vie végétale : la couleur des arbres et celle des plantes herbacées en sont une preuve. Son influence s'étend plus loin encore, elle se fait sentir même dans la vie animale. La lumière, en effet, possède assez de puissance sur les mollusques pour déterminer la coloration de leurs coquilles; il en est de même pour nos étoffes et nos tissus teints avec des matières animales : elles passent, comme on dit vulgairement, c'est à dire que l'action trop intense de la lumière les fait changer de couleurs. N'est-ce pas un phénomène analogue que nous observons tous les ans, en automne? Les feuilles ne semblent-elles pas changer de teinte de la même manière? Sans doute; mais la cause qui, dans les tissus et les étoffes, suffit seule pour altérer leur couleur, a besoin, pour les plantes, d'autres principes, comme nous le démontrerons plus loin. L'influence de la lumière sur les feuilles se prouve par une expérience des plus simples, par une observation que tout le monde a faite et qui se présente chaque jour à nos yeux. Que l'on place, en effet, dans l'obscurité, à l'abri de la lumière, des branches, entières ou des parties de feuilles ; aucun changement ne se produira dans la coloration de ces végétaux : les branches, les feuilles se dessécheront et tomberont tout en restant vertes. Si l'on n'a plongé qu'une partie de feuille dans l'obscurité, le reste du parenchyme changera de nuance, mais la partie abritée restera toujours verte. En prenant une feuille qui serait déjà arrivée à l'une des teintes qui succèdent au vert dans les transformations automnales, on verrait de même qu'elle ne changerait pas de couleur. Abritez, par exemple, des feuilles ou des portions de feuilles jaunes sur le point de devenir rouges, mais qui ne le sont pas encore, elles tomberont en demeurant jaunes ou conserveront celte même couleur; au contraire, les parties restées exposées à la lumière suivront la marche ordinaire du phénomène; elles deviendront rouges et tomberont au moment voulu. Une simple remarque prouve plus que toutes les expériences que la lumière doit avoir une action sur les végétaux, et principalement pour le sujet qui nous occupe ici, leur état en automne. La lumière de septembre étant autre que celle du mois de juillet ou d'août, ce qui est prouvé, doit naturellement avoir d'autres effets sur les plantes; mais ces effets n'en existent pas moins pour cela, car si l'on examine les feuilles qui se recouvrent naturellement en partie, on remarque que la portion découverte se colore plus vite et acquiert une coloration bien plus accusée. — On peut juger par ce rapide aperçu de l'influence de la lumière sur la coloration des feuilles, surtout en automne.

De même que la lumière, l'atmosphère joue un grand rôle dans l'existence des plantes, ainsi que dans celle des animaux; nous l'avons prouvé pour les premières, en parlant de leur respiration. Néanmoins l'action de l'atmosphère est subordonnée à celle de la lumière solaire, car les mêmes parties vertes des plantes qui dégagent une grande quantité d'oxygène, décomposent l'acide carbonique contenu dans l'air et s'en assimilent le carbone. L'expérience a démontré que les feuilles qui ont déjà pris ou qui sont sur le point de prendre leurs teintes automnales, cessent d'exhaler de l'oxygène au soleil; elles continuent néanmoins à en inspirer pendant la nuit, mais en quantité toujours décroissante à mesure que leur nouvelle coloration s'accentue. Dans cette période de leur existence, l'oxygène renfermé dans les tissus organiques ne sort plus ; il se fixe sur la matière colorante et l'oxyde, de même que les huiles, les graisses, les couleurs des étoffes, etc., ce qui démontre pourquoi les feuilles changent de couleur en automne. L'honneur de cette découverte revient à Th. de Saussure et Senebier. L'expérience prouve que la feuille, arrivée à l'un de ses deux degrés d'oxydation, le jaune ou le rouge, n'exhale plus d'oxygène pendant le jour ; elle absorbe, au contraire, sans cesse ce gaz et ne rend que de l'acide carbonique. En effet, si l'on recueille le gaz exhalé et qu'on le mette en contact avec de l'eau de chaux ou de baryte, on voit celle-ci se couvrir de petites paillettes carbonatées.

Vienne.
G. Bouat.
(A suivre.)

(1) L'admirable découverte de la respiration des plantes fut faite par Priestley, qui vit par hasard des bulles de gaz se dégager d'une fontaine au fond de laquelle se trouvait une végétation verte. Il recueillit ce gaz et reconnut qu'il avait les propriétés de l'air vital. Ingenhouz démontra que, pour qu'il y eût production de ce gaz, il fallait la présence de la lumière solaire. Cependant l'expérience ne réussissait pas toujours. Alors, un observateur de Genève, Senebier, trouva qu'il fallait encore, dans l'eau, la présence de l'acide carbonique.

(2) A. Richard, Éléments de botanique.

(3) Voyez n° 12, lre année. Du rôle du fer dans la végétation. Ad. Lemaire.

(4) Fucus luteus de Bertoloni, algue de couleur jaune.

(5) Schubler et Funk. Ueber Farden der Blumen.

(6) Rouges en dessous dans leur jeunesse, les feuilles de l'Hepatica triloba passent quelquefois l'hiver dans les bois sans périr.

(7) Voyez n° 15, 2me année. Influence de la lumière sur la végétation. I. Ad. Lemaire.

 

 

 

  


-----
Pour les personnes plus intéressées par les dessins et gravures


Gravures, illustrations, dessins, images
galerie de gravures, illustrations, dessins, images