Histoire naturelle
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Recherches sur le terrain de Trias

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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RECHERCHES SUR LE TERRAIN DE TRIAS.
(Suite.)

Qu'on me permette maintenant, après ces quelques données sur le buntersandstein, de passer, sans m'appesantir sur une transition, a l'étude du Muschelkalk.

Dans le Wurtemberg, que nous prendrons ici pour terme de comparaison, le Muschelkalk peut être divisé en quatre assises :

1° Le Calcaire ondulé, qui a reçu de d'Alberti le nom de Wellenkalk ; il est ainsi désigné à cause des ondulations que l'on remarque à la surface. Les couches de calcaire alternent avec des marnes et renferment un assez grand nombre de fossiles appartenant aux mêmes espèces que ceux du troisième groupe.

2° Le groupe de l'Anhydrite, comprend des argiles salifères d'un gris bleuâtre ou verdâtre, qui contiennent du sel marin et différentes variétés de gypse. La texture de celle dernière substance est tantôt saccharoïde, tantôt fibreuse ou laminaire; quant à la couleur, elle est d'un blanc assez pur ou d'un gris clair. On ne rencontre pas de fossiles dans ce système.

3° Le groupe du Muschelkalk supérieur, appelé par d'Alberti Calcaire de Friedrichshall renferme, ainsi que l'indique son nom, une multitude de coquilles fossiles. Les articulations d'Encrinites liliiformis s'y rencontrent si fréquemment qu'on l'a quelquefois nommé Calcaire à trochites (Trochitenkalk) La partie supérieure de l'étage passe à la dolomie.

4° Le Lettenkohle se compose d'argiles charbonneuses et schistoïdes.

Le Muschelkalk est également très répandu en Alsace et en Lorraine, mais le type de cet étage, et en particulier du Muschelkalk supérieur, se trouve dans la Meurthe, aux environs de Lunéville. Les carrières exploitées au sud de Lunéville, prés du village de Rehainviller, s'ouvrent sur un calcaire gris de fumée présentant un grand nombre de térébratules et d'ossements de sauriens; c'est là que le docteur Gaillardot a découvert les remarquables échantillons d'après lesquels MM. Cuvier (1) et Brongniart ont donné la description d'espèces nouvelles. A Xermamenil, village situé dans la même direction que Rehainviller, à 4 kilomètres de cette commune, « le calcaire compact gris prend un aspect plus marneux qu'à l'ordinaire. Il contient des couches d'un calcaire compact bleu dans l'intérieur des blocs et jaunâtre vers leur surface, pétri d'une multitude de petits fragments de coquilles (probablement des térébratules), couchées dans le sens de la stratification, et qui en font une véritable lumachelle. On voit aussi, dans la même carrière, plusieurs couches d'un calcaire compact, d'un gris jaunâtre, à cassure inégale et terreuse, dont certaines parties sont remplies de coquilles dont le test a été détruit et remplacé par une matière ocreuse, et qui présente des lits de silex, d'un gris noirâtre plus ou moins foncé. » (Mémoires pour servir à une description géologique de la France.) Au delà de Xermamenil, à Gerbéviller, le Muschelkalk est brisé et fissuré en tous sens. Des gaz et des matières étrangères y ont causé de grandes perturbations; les couches sont disloquées; des gypses, des silex y ont coulé, amenant à leur suite des vases argileuses. Le carbonate de chaux cristallisé en aiguilles, la strontiane et la baryte sulfatées, remplissent quelques fissures; d'autres, demeurées vides, fournissent aux eaux des passages souterrains pour les conduire à de grandes profondeurs, ou les reverser loin du point qui les a englouties. La surface du sol se ressent de tous ces accidents. Le lecteur me pardonnera cette excursion géologique aux environs de Lunéville. Il voudra bien m'accompagner encore au milieu des carrières de Reliainviller et de Mont (2) pour y étudier les poissons et les grands sauriens propres à l'étage du Muschelkalk et principalement à l'assise du Muschelkalk supérieur.

Entre Lunéville et Rehainviller, les ouvriers ont mis au jour, en perçant la butte dite de Chaufontaine, des schistes argileux et marneux de couleur noire, très riches en débris de poissons. Des dalles de 0m50 de côté sont recouvertes d'écailles, et l'on pourrait en extraire de plus larges encore si ces schistes noirs n'étaient point fissurés Les dents et les écailles, inégalement réparties à la surface, proviennent très probablement de coprolithes délayés. C'est même sous cette forme que les coprolithes présentent le plus d'intérêt, car les débris non digérés apparaissent alors d'autant plus distincts qu'ils se trouvent dégagés de la matière terreuse dont les coprolithes isolés et arrondis sont constamment incrustés. On rencontre aussi dans les grés argileux pénétrés d'ocre des débris d'une parfaite conservation, mais, de même que précédemment, ils s'accumulent sur certains points de la dalle, tandis que d'autres sont laissés à nu. Les écailles que l'on observe sur ces grès sont très brillantes et du plus bel émail que l'on puisse voir, lisses dans une partie de leur surface, rugueuses et chagrinées dans l'autre. Bien que la plupart soient visibles à l'oeil nu, il en est pourtant qui nécessitent l'usage d'une forte loupe, si l'on veut étudier les formes qu'elles affectent. Celles-ci sont extrêmement variées ; elles peuvent être rectangulaires, spatulées, terminées en pointe, etc.; cependant, toutes ces modifications n'impliquent pas toujours des espères distinctes, car on sait que dans un même poisson la forme des écailles diffère suivant les parties du corps. Les dents sont elles-mêmes parfaitement caractérisées; celles de l'Hybodus, qui se rencontrent assez fréquemment, présentent une pointe placée au milieu de la dent et sillonnée de toutes parts sur l'émail; mais ce cône central tend à s'effacer dans les molaires situées vers les angles de la bouche. En général, les débris les plus nombreux sont rapportés au genre Saurichtys et Acrodus, ce qui nous prouve déjà que ces espèces abondaient dans les mers de la période triasique et que les mangeurs leur faisaient la chasse. Ainsi, la découverte des coprolithes ne nous fait pas seulement connaître la conformation des poissons fossiles, sa portée est plus étendue; elle nous donne en même temps la clef de leurs moeurs et de leurs instincts.

Lunéville.
E. Paulin.
Membre correspondant de la Société d'études scientifiques de Nancy.
(A suivre. J

(1) Voir Recherches sur les ossements fossiles, tome V, 2e partie, p. 355.

(2) Mont, village situé à 7 km. S.-O. de Lunéville.

 

 

 

  


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