Histoire naturelle
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De la préparation des Limaces

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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DE LA PREPARATION DES LIMACES POUR LES COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE.

M. le docteur Missol (de Villefranche, Rhône) prépare depuis longtemps les chenilles qui figurent dans sa collection de Lépidoptères, par un procédé dont il est l'auteur. J'ai eu l'occasion, en 1869. de faire connaître ce procédé dans un mémoire consacré à l'étude de la Pyrale et de la Cochenille de la vigne (1), et plus récemment, la Rédaction de la Feuille des Jeunes Naturalistes (12juillel 1872, page 95) a décrit sommairement, sur les indications que j'avais fournies, les principaux détails de l'opération.

L'idée d'appliquer aux limaces le même procédé de conservation appartient à un naturaliste de Villefranche, M. Darras. Sur ses instances, M. Missol fit quelques essais qui parurent satisfaisants. Les sujets les mieux réussis avaient été déposés à titre de curiosité, dans la collection de conchyliologie de M. Darras, et nous nous proposions de poursuivre à loisir ces expériences lorsqu'un des lecteurs de la Feuille (mars 1872, page 54) posa la question de savoir s'il existait «un moyen de préparer les limaces, pour les conserver dans leur état naturel.» L'enquête était ouverte. Nous en avons attendu le résultat avec la plus vive curiosité.

Nul, mieux que M. de Guerne, n'est au courant de tous les délails pratiques qui intéressent le malacologiste. Sa réponse, insérée dans la Feuille au mois de mai 1872 (page 72), résume sur la question soulevée l'état actuel de la science. Nous en avons conclu que la méthode de MM. Missol et Darras était vraiment nouvelle et qu'il y avait un réel intérêt à en poursuivre les résultats. Nous nous mîmes aussitôt à l'oeuvre.

La première partie de l'opération consiste à vider le sujet sur lequel on opère. — S'agit-il de l'arion des charlatans (Arion rufus Moq.-Tand.), celle manipulation ne souffrira pas de difficultés. En produisant une légère pression à l'aide d'un crochet à broder sur la glande muscipare qui existe à l'extrémité caudale, on perce la peau et on cherche le repli de l'intestin qui se trouve dans le voisinage. Par une manoeuvre des plus faciles, on amène l'intestin à faire hernie par la petite ouverture On le saisit aussitôt avec des pinces bruxelles et on l'attire doucement au dehors en favorisant la sortie par des pressions ménagées qu'on pratique sur l'animal dans le sens de sa longueur, à l'aide d'une carte sur laquelle on appuie la main.

A la suite de l'intestin arrivent, sous l'effort de la pression, l'estomac et ses dépendances, les ganglions nerveux, le volumineux appareil de la reproduction. L'opérateur doit apporter la plus grande attention à cette partie de son travail. Si la pression pratiquée avec la carte n'est pas réglée avec soin et si la traction avec les bruxelles est trop précipitée, les viscères s'engagent tous à la fois dans la petite ouverture et occasionnent des déchirements qui compromettent le succès final.

Les autres arions ont la glande muscipare moins développée que l'arion des charlatans; les limaces en sont dépourvues. A tous ces animaux, on pratique à l'extrémité caudale de l'appareil de reptation, à l'aide de ciseaux très effilés, une ouverture aussi petite que possible. Par cette ouverture, on engage le crochet à broder et on exécute, pour vider le sujet, les mêmes manoeuvres que nous venons de décrire plus haut.

C'est dans la dépouille ainsi obtenue qu'on pratique l'injection.

On commence par introduire dans le trajet par lequel on a vidé l'animal un fétu de paille de 3 à 4 centimètres de longueur, et dont la grosseur est calculée sur la taille du sujet à injecter. On fixe la dépouille sur cette paille avec un fil de laine; la ligature doit être faite avec soin, de façon à produire une adhérence parfaite.

Dans le fétu, on introduit la pointe effilée de l'appareil à injection. L'appareil de M. le docteur Missol se compose d'une poire en caoutchouc vulcanisé, dans laquelle s'engage à frottement un tube de verre recourbé, qui est renflé en réservoir à sa partie moyenne (2) (Voy. la pl., fig. 1). — M. Darras, lui, préfère aujourd'hui le flacon à deux tubulures (fig. 3) qui sert dans les laboratoires de chimie à laver les précipités sur les filtres. J'ai représenté (fig. 4) l'attitude de l'opérateur qui se sert de ce dernier appareil; les deux mains sont employées à maintenir le sujet et à diriger l'opération. Avec l'appareil de M. Missol, au contraire, une main seulement supporte l'animal, tandis que l'aulne détermine le jet du liquide par la pression de la poire en caoutchouc.

Pour injecter les chenilles, M. Missol a d'abord employé la cire blanche fondue, mais cette matière présente le grand inconvénient d'agglutiner les poils des sujets velus. Même sur les animaux à peau nue, une goutte de cire, tombant à la surface, contracte avec les tissus une telle adhérence qu'on ne peut l'enlever sans compromettre la préparation. Dans les mêmes conditions, la stéarine s'égrène assez facilement sous l'ongle. Aussi doit-on lui donner la préférence. A la stéarine, M. Darras substitue la paraffine qui, avec les mêmes qualités, présente encore l'avantage d'un grain plus fin et d'une meilleure consistance; elle est plus malléable et moins cassante, et comme elle est peu translucide, elle simule mieux à travers la peau les tissus sous-jacents, tandis que les préparations à la stéarine, qui deviennent avec le temps jaunes et opaques, sont d'un aspect moins flatteur. Enfin, la paraffine présente encore l'avantage de donner par son refroidissement un retrait considérable. Un opérateur habile mettra, à l'exemple de M. Darras, celle circonstance à profit pour façonner le sujet et retracer sur la dépouille les sillons qui existent naturellement sur le corps de la limace et qui avaient disparu sous l'effort de l'injection.

Il n'est pas indifférent de chauffer, pour la fondre, la paraffine à un degré quelconque. Si la température est trop élevée, la dépouille sera cuite par le liquide brûlant; elle se racornira et se déchirera dans tons les sens; l'opération sera manquée. — Inversement, lorsque la température est trop faible, la paraffine se solidifie au contact du verre et les tubes sont obstrués.

Pour la maintenir à un degré de chaleur convenable et constant, nous avons fait construire, pour l'appareil de M. Missol, le petit ustensile représenté dans la fig. 2. Il se compose de deux vases en fer-blanc qui s'emboîtent l'un dans l'autre. La paraffine, contenue dans le vase central, plonge dans un bain d'eau chaude dont on règle à volonté la température. La forme du vase en rectangle allongé, permet de plonger la branche recourbée de l'appareil jusqu'au réservoir. Le verre prend ainsi, sur toute sa longueur, la température du bain; les tubes ne courent plus le risque de se boucher. — On pare plus simplement encore au même inconvénient, avec le second appareil, en déposant le flacon dans un bain d'eau chaude que l'opérateur maintient entre ses bras (fig, 4). On ne laisse émerger que l'extrémité effilée du tube injecteur.

Pour pratiquer l'injection, on lance vigoureusement le premier jet, dans le but de déterminer, s'il est possible, l'extension des tentacules. Puis, après avoir suffisamment gonflé le sujet, on le plonge rapidement dans un baquet d'eau froide pour solidifier la paraffine. On enlève alors la paille et on coupe avec précaution le fil de laine qui, maintenu, laisserait un sillon sur la préparation. Enfin, on dépose le sujet dans un lieu sec, jusqu'à ce que l'adhérence soit parfaite entre la paraffine et la peau.

Les expériences de M. Darras ont porté jusqu'ici sur l'Arion rufus Moq.-Tand. (A. empiricorum Férussac), var. vulgaris et nigrescens ; sur l'Arion fuscus Moq.-Tand. (A. hortensis Férussac), var. limbatus; sur le Limax cinereus Müll. (L. maximus Linné, Moq.-Tand.), var. vulgaris; sur le Limax agrestis Linné.

Les arions se préparent sans aucune difficulté. La coloration pigmentaire ronge, qui caractérise l'Arion rufus, s'échappe en grande partie quand on vide le sujet, entraînée par les mucosités que l'animal sécrète en abondance pendant l'opération, et les dernières traces de cette matière colorante, très soluble dans l'eau disparaissent quand on plonge la préparation dans le baquet d'eau froide. Mais il est facile de restituer après coup à l'animal sa couleur propre, au moyen d'un vernis coloré. Quelques essais que nous nous proposons de faire dans ce sens nous auront bien vite fait triompher de cette petite difficulté.

Les limaces ne sont pas d'une réussite aussi facile que les arions. Jusqu'à présent, M. Darras n'a pu obtenir, avec le Limax agrestis, var. reticulatus Müller, cineraceus Müller et sylvaticus Dupuis, des sujets satisfaisants. Toutefois, il a été plus heureux avec le Limax cinereus. En opérant sur des sujets de grosseur moyenne, il est arrivé à de beaux résultats.

Nous serions bien désireux d'expérimenter les méthodes que je viens de décrire sur des espèces d'arions et de limaces différentes de celles que je viens de mentionner, et surtout sur des individus des genres voisins : Parmacelle et Testacelte. Nous prions les naturalistes du Midi de venir à notre aide et d'adresser à M. Darras (3) les sujets vivants dont ils voudront bien disposer en notre faveur. Nous les recevrons avec la plus grande reconnaissance.

Nous serons heureux, d'autre part, de nous mettre en relation avec les malacologistes que nos recherches peuvent intéresser. Nous leur procurerons avec autant d'empressement que de plaisir tous les moyens en notre pouvoir de poursuivre par eux-mêmes les expériences que je viens de faire connaître.

Villefranche (Rhône).
Adolphe Méhu.

(1) — Étude comparative des combustibles employés dans les fourneaux pour l'échaudage de la vigne. — La Pyrale et la Cochylis (en collaboration avec M. A. Barbelet). Villefranche, juillet 1869.

(2) Il ne sufit pas, pour pratiquer ce réservoir, de souffler une ampoule sur un point du tube; les parois amincies ne présenteraient pas une résistance suffisante. Il faut souder bout à bout à la lampe deux tubes de diamètres très différents.

(3) M. Darras, à Villefranche (Rhône)

 

 

 

  


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