Histoire naturelle
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Influence de la lumière sur la végétation

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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INFLUENCE DE LA LUMIERE SUR LA VEGETATION.

Accordant à la lumière rouge une action sur l'héliotropisme positif des tiges, Dutrochet voulut savoir si les rayons intermédiaires n'ont point d'influence sur la production de ce phénomène. Il laissa de côté, pour ces nouvelles expériences, les autres verres colorés, qui ne transmettent jamais une lumière homogène; mais il eut recours au spectre solaire. Il reconnut alors que tous les rayons sont capables de faire recourber les plantes : seulement les uns le font avec plus d'énergie que les autres. Ainsi, d'après ce physiologiste, le mouvement de flexion commence dans les rayons violets; il se montre ensuite dans les rayons indigos et bleus, puis dans le rayon jaune, plus tard dans l'orangé, enfin dans le rayon rouge.

Ces idées, en opposition avec celles de Tayer, furent acceptées par la science surtout depuis que MM. Gardner et Guillemin vinrent mettre au jour le résultat de leurs recherches.

Le docteur américain Gardner employa des caisses en bois recevant d'un côté de la lumière bleue, de l'autre de la lumière rouge, orangée, verte ou jaune. Il résulte de ses observations que toutes les régions du spectre peuvent donner naissance à des courbures héliotropes. Ce savant eut en outre le mérite de découvrir un fait qui n'avait pas encore été constaté, c'est que les tiges, indépendamment de leur flexion directe vers la lumière, tendent encore à se porter de côté vers le rayon indigo, c'est à dire à subir une flexion latérale.

D'après M. Guillemin, les tiges se courbent sous l'influence de tous les rayons, à l'exception des rayons caloriques les moins réfrangibles ou de ceux de basse température. Il y a deux maxima d'énergie dans la flexion ; l'un qui a son siège dans les rayons chimiques les plus réfrangibles (ultraviolets), l'autre dans le rayon vert. La flexion latérale, qui a son centre dans le rayon indigo, s'étend au delà du rouge et du violet extrêmes.

Il faut ajouter à ces expériences celles de M. Sachs. Cet éminent botaniste ayant fait végéter des germes étiolés de Triticum vulgare, Carthamus tinctorius, Sinapis alba, etc., derrière la lumière orangée et bleue obtenue au moyen de solutions de bichromate de potasse et d'oxyde de cuivre ammoniacal, reconnut que les rayons bleus déterminent très énergiquement des courbures, tandis qu'aucun effet ne se produisit sous l'influence de la lumière rouge et orangée.

M. Sachs admet donc la nullité d'action des rayons caloriques, et en cela il est en désaccord avec les savants qui précèdent.

Cette différence de résultats ne peut sans doute tenir qu'aux moyens employés pour produire les diverses lumières. — De telles recherches demandant, pour réussir, l'homogénéité de la lumière, on comprend que les verres colorés puissent donner lieu à quelques erreurs puisqu'ils laissent toujours passer une certaine quantité de lumière blanche. La méthode de séparation des couleurs par un prisme de cristal n'est pas moins infaillible, car le spectre contient toujours par diffusion de la lumière non décomposée. La meilleure manière d'arriver à des données positives, c'est d'avoir recours à des couches épaisses de dissolutions colorées.

Malgré les opinions contradictoires émises sur certains points de la question par les physiologistes que je viens de nommer, tous s'accordent cependant à dire que les rayons dits chimiques, ou les plus réfrangibles (bleus, violets, ultraviolets) ont le plus d'influence sur l'héliotropisme des tiges.

B. — De l'héliotropisme des pétioles et des pédoncules.

De même que les tiges, les pétioles et les pédoncules sont capables d'affecter des courbures héliotropes. L'effet d'une lumière inégalement répartie sur ces organes a pour but de leur faire subir une flexion telle que les fleurs ou la face supérieure des feuilles soient toujours tournées du côté où l'éclairage est le plus fort.

Lorsqu'on cultive des plantes dans un appartement, on est surpris de voir les pétioles situés dans la partie opposée à la fenêtre se dresser peu à peu et se recourber ensuite pour mettre la face supérieure des feuilles en contact avec les rayons lumineux qui arrivent du dehors. — On peut de la même manière étudier l'héliotropisme des pédoncules. Placez une primevère, par exemple, dans votre chambre, en tournant la portion concave des pédoncules vers la partie la moins éclairée, vous serez alors témoin du fait suivant : les organes effaceront peu à peu leur courbure primitive pour prendre une position verticale et s'infléchiront ensuite vers votre fenêtre, en entraînant avec eux dans leur marche lente les fleurs dont ils sont les supports.

Ces changements de situation ne sont rien en comparaison des mouvements qu'exécutent les fleurs d'Helianthus annuus ou de tournesol. Que l'on examine avec soin cette composée à différentes heures du jour, on s'apercevra que chaque pédoncule, penché le malin à l'orient, se tord sur lui-même pour se porter vers le sud, dans la direction duquel il arrive au milieu de la journée, et de là gagne l'occident, en suivant le soleil dans sa course apparente autour de notre globe.

Ces mouvements curieux ont pour origine l'action de la lumière solaire venant frapper les différents points du pédoncule qui, à cause de sa croissance rapide, possède des tissus d'une sensibilité extrême. Il résulte de cette action des courbures qui, variant à chaque instant, occasionnent la torsion des supports floraux, de telle sorte que chaque groupe de petites corolles se tourne toujours vers l'astre radieux.

C. — De L'héliotropisme des racines

Si l'on a reconnu depuis longtemps l'héliotropisme des tiges, il n'en a pas été de même de celui des racines qui, le plus souvent enfoncées dans la terre, sont soustraites à l'influence de la lumière.

La découverte de la flexion de ces organes vers les rayons lumineux est due à Dutrochet, qui constata ce fait sur des radicules de Mirabilis jalapa végétant dans l'eau et libres de se mouvoir; mais ce physiologiste ayant remarqué que les jeunes racines de cette plante étaient vertes, il attribua leurs courbures à la présence de la chlorophylle. Ce ne fut que plusieurs années plus tard que M. Durand, de Caen, vint démontrer que les radicules d'Allium cepa, de Scilla lusitanica et d'Hyacinthus orientalis, dépourvues de matière verte, se dirigent vers la lumière.

Ces recherches anéantirent les idées de Dutrochet, de de Candolle et des physiologistes du temps, d'après lesquels les rayons lumineux n'exercent d'attraction sur les organes qu'autant qu'ils sont colorés par la chlorophylle. Depuis les expériences de M. Durand, d'autres savants ont étudié la question de l'héliotropisme positif des racines. M. Sachs est venu ajouter à la liste connue des espèces dont les racines se recourbent sur la lumière, les racines de Phaseolus, Zea maïs, Cucurbita pepo, Juglans regia, Myosotis, Callitriche, Beta vulgaris, Quercus, etc.

Malgré le nombre assez grand d'espèces dont les racines sont héliotropes positives, celui de ces mêmes organes qui jouissent de propriétés contraires, c'est-à-dire qui tendent à fuir la lumière, est beaucoup plus considérable.

Senones.
Ad. Lemaire.
(A suivre).

 

 

 

  


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