Histoire naturelle
Précédente / Remonter / Suivante

Sur la Chlorophylle et les matières colorantes

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

Accueil
Remonter
Phosphorescence de la mer
Histologie végétale
Les Huîtres
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Communications
Le Congrès scientifique de Bordeaux
Les Antiseptiques dans tous les temps
Sur la Chlorophylle et les matières colorantes
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Insectes électriques
Communications
De la préparation des Limaces
De la préparation des Limaces
Société d'études scientifiques de Paris
Observations d'un amateur d'oiseaux
Influence de la lumière sur la végétation
Recherches sur le terrain de Trias
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Communications
La famille des Solanées
Note sur la glacière de la Grâce-Dieu
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Les Huîtres
Recherches sur le terrain de Trias
Recherches sur le terrain du trias
Communications
La famille des Solanées
Le Martinet et son nid
Le Dytisque bordé
Coloration et défoliation automnales des végétaux
Entomologie pratique
Le corbeau
Communications
Le chant du moqueur
Les antiseptiques dans le temps
Influence de la lumiere
Comminications
Les borraginées
Les antiseptiques
Influence de la lumière
Coloration et défoliation
Entomologie pratique
Une révolution dans l'architecture des hirondelles
La pie-grièche
Les antiseptiques dans tous les temps (suite)
Les borraginées (suite)

 

SUR LA CHLOROPHYLLE ET LES MATIÈRES COLORANTES DES FLEURS.

L'étude approfondie des principes colorants des végétaux est encore à faire : la cause en est que les corps sur lesquels on doit expérimenter sont excessivement délicats; les réactifs qui agissent sur eux dans la nature ne sont point comparables aux réactifs de laboratoire, et ces manipulations du chimiste sont encore aujourd'hui grossières et primitives, comparées à ces phénomènes lents et multiples qui s'accomplissent dans les tissus des plantes.

Les matières colorantes, dont la science s'est spécialement occupée, sont celles qui font partie des matières premières employées dans l'industrie. C'est ainsi, par exemple, que les pigments colorés de la garance et de l'indigo furent, pendant de longues années, l'objet des recherches assidues des chimistes les plus distingués. Ces travaux aboutirent récemment à des résultats magnifiques au point de vue de la science et de l'industrie : l'une parvint à accomplir des synthèses remarquables, fruits de l'emploi de procédés méthodiques et rationnels qui ouvrent à la chimie une voie nouvelle, où elle ne s'arrêtera point; l'autre se vit dotée d'un produit pour lequel, jusqu'ici, on cultivait des quantités immenses de terrain, et que maintenant l'on retire pour ainsi dire du sein de la terre, des houilles dont la distillation produit l'anthracène, matière première de la fabrication de l'alizarine.

Mais quels sont les principes de ces couleurs nombreuses et variées qu'on observe dans la nature? Par quelles lois s'opèrent ces transformations de teintes qui nous frappent surtout dans les forêts, depuis la naissance du feuillage jusqu'à sa fin ?

Ici les travaux entrepris ne sont point comparables à ceux précédemment cités : toutefois, quelques expériences faites à ce sujet ont commencé à jeter du jour sur ces questions.

On sait que les feuilles doivent leur coloration verte à un corps, la chlorophylle : c'est une poudre verte, insoluble dans l'eau et contenue dans les utricules du tissu cellulaire. Au printemps, la chlorophylle se développe lentement; elle est définitivement formée quand la couleur verte a atteint son maximum d'intensité, c'est-à-dire en été; en automne, la couleur verte disparaît peu à peu, et la feuille morte ne contient plus que les produits de la décomposition de la chlorophylle.

Comment ces modifications se sont-elles opérées? En un mot, qu'est-ce que la chlorophylle? L'expérience suivante, due à M. Frémy, va nous l'apprendre.

On commence par se procurer de la chlorophylle; pour cela, on épuise de la verdure par de l'alcool bouillant ; en faisant subir à la solution ainsi obtenue différents traitements, on a un produit à peu près pur, soluble dans les acides et les alcalis.

En soumettant cette chlorophylle à l'action des alcalis, on la transforme en un corps jaune, soluble dans l'alcool. C'est là le premier degré de la réaction, dont le résultat dans les végétaux est la décomposition du principe colorant vert : le premier degré, car il n'y a pas encore destruction, mais simple dédoublement comme on va le voir.

Dans un flacon bien bouché, on introduit deux parties d'éther et une partie d'acide chlorhydrique; on remue énergiquement et on ajoute à ce mélange la solution alcoolique du corps jaune; on agite encore fortement et on laisse reposer. Au bout d'un certain temps, on observe une séparation du liquide en deux couches : l'une, supérieure, est jaune, c'est l'éther qui a dissous un principe jaune ; l'autre, inférieure, est bleue, c'est la solution acide d'un corps bleu.

La chlorophylle serait donc formée par l'union d'une matière jaune, la phylloxanthine, et d'une matière bleue, la phyllocyanine : cette dernière, par l'action des alcalis, a passé du bleu au jaune, ou a été décolorée en prenant le nom de phylloxanthéine, et est régénérée par les acides qui la dissolvent, tandis que le corps jaune, sans doute resté inaltéré et dont le mélange au bleu donne la coloration verte, est dissous par l'éther.

Quand les feuilles, vers l'automne, perdent leur couleur verte, c'est qu'alors il n'y a pas seulement dédoublement et transformation de la phyllocyanine en phylloxanthéine, mais destruction de la phylloxanthéine. En effet, la solution alcoolique des feuilles jaunes n'est plus capable de donner lieu au phénomène de séparation qui vient d'être cité.

A la naissance des feuilles, la phyllocyanine n'existe sans doute pas encore; c'est sous l'action de la lumière qu'elle se développe lentement; cependant l'action de la lumière n'est pas nécessaire : on sait que des feuilles poussées dans l'obscurité sont jaunes; qu'on les approche de vapeurs acides, et elles se coloreront rapidement en vert.

Ce qui frappe en observant les fleurs, c'est la multiplicité des couleurs et des teintes; heureusement qu'on les classera facilement : on connaît les sept couleurs élémentaires, et chaque teinte sera rapportée à sa couleur mère; c'est là un procédé physique. La chimie va encore plus loin : elle tend à faire dériver toutes les diverses teintes des fleurs de quelques principes seulement, lesquels sont transformés par différents agents et produisent de nouveaux composés colorés. C'est grâce à différentes réactions d'un seul et même corps, obtenues artificiellement dans les laboratoires, qu'on est arrivé à cette opinion.

Si, par exemple, on traite des fleurs bleues, telles que le bluet, l'iris, etc., par l'alcool bouillant, on obtient la solution d'un corps bleu, qu'on a nommé cyanine ; cette solution tire au rouge sous l'influence des acides, au vert sous celle des alcalis. De plus, on a remarqué que généralement les fleurs rouges et roses sont à réaction acide et les fleurs bleues à réaction neutre; enfin, des fleurs rouge écarlate, plongées dans l'ammoniaque, se colorent tantôt en bleu, tantôt en vert. Ces faits s'expliquent ainsi : les fleurs rouges contiennent de la cyanine transformée par des sucs acides; les fleurs violettes ne sont autre chose qu'un mélange de cyanine bleue, c'est-à-dire neutre, et de cyanine rouge acidifiée. Quand on plonge des fleurs d'un rouge feu dans l'ammoniaque, on sature l'acide et on régénère la cyanine bleue; souvent la teinte écarlate ne provient que d'une matière jaune, qui alors s'unit au bleu pour donner du vert.

La cyanine est donc une des bases essentielles des couleurs observées dans les plantes ; les sucs végétaux, selon leurs propriétés acides ou basiques, la transforment pour produire les teintes rouges, roses, violettes et vertes.

Ces métamorphoses, qu'on produit rapidement dans les laboratoires, peuvent s'opérer lentement à l'air, sous l'influence des agents atmosphériques; ainsi au printemps on trouve dans les bois une plante qui porte souvent à la fois une fleur bleue et une fleur rose qui sont d'âges différents.

Paris. A. D.

 

 

 

  


-----
Pour les personnes plus intéressées par les dessins et gravures


Gravures, illustrations, dessins, images
galerie de gravures, illustrations, dessins, images