Histoire naturelle
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Le Congrès scientifique de Bordeaux

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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LE CONGRÈS SCIENTIFIQUE DE BORDEAUX.

L'Association française pour l'avancement des sciences a tenu sa première session à Bordeaux, du 5 au 12 septembre 1872. Il eût été désirable que beaucoup de jeunes gens s'y fussent rendus, principalement les abonnés de cette feuille et les membres de sociétés de jeunes naturalistes; quelques-uns y auraient trouvé un puissant stimulant pour leurs études scientifiques; tous y auraient étendu le cercle de leurs connaissances, en écoutant les savants les plus renommés de notre pays et des pays voisins, en entendant discuter les problèmes scientifiques les plus importants. Cette absence presque complète des cadets de la science s'explique par l'ignorance où ils se trouvaient sans doute du caractère et peut-être même de l'existence de l'Association française. Ayant eu le bonheur d'assister à sa première session, je crois être utile aux lecteurs de la Feuille des Jeunes Naturalistes en leur faisant connaître la formation, le but et le mode d'action de l'Association, et en leur donnant des détails sur le congrès de Bordeaux. Je serais heureux si ces quelques lignes pouvaient décider un grand nombre de mes lecteurs à venir prendre part l'année prochaine à la seconde session, qui se tiendra à Lyon dans les derniers jours du mois d'août.

A la fin de 1871, quelques hommes de science, pour contribuer au relèvement moral et au développement intellectuel de la France, eurent l'idée de fonder une Association scientifique analogue à l'Association britannique, qui a produit d'heureux résultats en Angleterre. Créer en France de grands centres scientifiques, animer et alimenter sur tous les points du pays cette curiosité qui est la source de tous les travaux et de tous les progrès, travailler à la diffusion des sciences, tout en contribuant au développement de la théorie pure, tel a été leur but. Leur moyen était d'intéresser les grandes villes d'abord, puis celles d'importance secondaire, au progrès des sciences, en réunissant chaque année dans l'une d'elles un congrès de science générale; d'encourager, par des secours en argent ou en appareils, les personnes travaillant à des recherches; d'éclairer, par des conférences et des publications, toutes les classes de la société. — Mais, avant de produire leur oeuvre au grand jour, les promoteurs voulurent en assurer le succès en lui donnant avant tout une base solide; ils décidèrent de ne commencer leurs travaux qu'après avoir réuni un capital social de 100.000 fr., divisé en parts de 500 fr., qui seraient fournies par 200 membres fondateurs. En très peu de temps et avec un entrain admirable, ce capital fut souscrit par des savants, des industriels, les grandes compagnies de chemins de fer, etc., et le 22 avril, dans une première assemblée générale des membres fondateurs, l'Association fut définitivement constituée. Un conseil d'administration, présidé par M. Claude Bernard, fut chargé de décider différentes questions non encore résolues, notamment de choisir la ville où se réunirait le premier congrès. Après avoir entamé, mais en vain, avec le maire de Lyon, des négociations malheureusement interrompues par la mort de ce dernier, le conseil céda aux instances de la municipalité de Bordeaux, qui promettait aux membres de l'Association l'accueil le plus cordial et la plus large hospitalité; il décida que ce serait dans cette ville, si digne à tous les égards de cet honneur, qu'on se réunirait. Le conseil chercha aussi à recruter un grand nombre de membres ordinaires, payant une cotisation annuelle de 20 fr. ou une somme une fois payée de 200 fr., mais jouissant des mêmes droits que les membres fondateurs. Ses efforts furent couronnés de succès : au mois de septembre, l'Association comptait plus de 800 membres.

Dès que le conseil d'administration eut accepté les offres de la municipalité de Bordeaux, il se forma dans cette ville un comité local, qui se chargea de préparer les voies à l'Association. C'est à son dévouement de tous les instants, comme à l'accueil sympathique de toute la population bordelaise, que le congrès a dû une bonne partie de son succès. Il it tout pour recevoir dignement les membres de l'Association : c'est par ses soins que tous les musées de la ville revêtirent une toilette de fête : musées d'armes et de tableaux, collections d'histoire naturelle, musée préhistorique, jardin public, où une serre immense contient les plantes les plus rares et les plus recherchées ! C'est grâce à lui que les membres de l'Association trouvèrent de superbes locaux prêts à les recevoir : la salle des concerts du Grand-Théâtre et le local de la Société philomathique. C'est au Grand-Théâtre que ces savants, accourus de tous côtés, formaient dans des conversations intimes des amitiés solides; c'est là qu'ils recevaient leurs lettres, qu'ils pouvaient en écrire, qu'ils lisaient des journaux, qu'ils trouvaient les programmes des séances et des excursions. Le local de la Société philomathique semblait de son coté comme fait exprès pour l'Association; une grande salle, bien aérée et bien éclairée, fut destinée aux séances générales; un grand nombre de salles moins vastes furent affectées aux différentes sections.

C'est dans ces conditions que s'ouvrit le congrès de Bordeaux, où la vitalité de cette grande oeuvre nationale et scientifique s'est affirmée, où son immense utilité a été démontrée avec tant d'éclat. Tout était prêt pour recevoir tous ceux qui voudraient venir fortifier leurs connaissances ou en acquérir de nouvelles. 200 membres étaient fournis par la ville de Bordeaux ; 400 environ vinrent de toutes les parties de la France; quelques savants étrangers, invités par le conseil d'administration, venaient des pays voisins prêter aux savants français leur précieux concours. Aussitôt réunis, les membres du congrès commencèrent leurs travaux. Ils devaient poursuivre un double but, la vulgarisation et le progrès de la science : intéresser les habitants de Bordeaux aux questions scientifiques, tel a été l'objet des séances générales, et principalement des conférences du soir, où le public était admis moyennant une faible rétribution; pour favoriser le progrès de la science, furent instituées les séances de sections, où les savants d'une même branche se communiquaient les résultats de leurs observations et de leurs travaux, et en discutaient les conséquences.

Ces sections étaient au nombre de 12 : 1° mathématiques, astronomie, mécanique; 2° navigation, génie civil et militaire; 3° physique; 4° chimie; 5° météorologie; 6° géologie, minéralogie; 7° botanique; 8° zoologie; 9° anthropologie; 10° sciences médicales; 11° agronomie; 12° géographie, économie et statistique. Elles travaillaient simultanément; chacune était installée dans une des salles du local de la Société philomathique ; chacune avait son président et son secrétaire. Pour faire connaître aux membres du congrès les environs de Bordeaux, le comité local organisa en outre des excursions charmantes dans les localités remarquables par leurs richesses naturelles ou leur industrie. Mes lecteurs me sauront gré peut-être de terminer par un résumé succinct des occupations du congrès.

5 septembre. — A deux heures, séance d'ouverture : discours de M. de Quatrefages, président de l'Association; réponse de M. Fourcaud, maire de Bordeaux; rapport de M. Cornu, secrétaire, sur l'histoire de l'Association; compte rendu de M. G. Masson, trésorier. A huit heures, conférence de M. le docteur Broca sur les Troglodytes des cavernes des Eyzies.

6 septembre. — Matinée, séances de sections. A deux heures, séance générale. M. Laussedat, lieutenant-colonel du génie : des services que la science moderne peut rendre à l'art de la guerre. M. l'abbé Durand : explorations dans le bassin de l'Amazone. M. Jannsen : observation spectrale du soleil. M. Respighi, de Florence : dernière éclipse de soleil observée dans l'Inde. A huit heures, conférence de M. Francis Garnier sur l'exploration du Cambodge.

7 septembre. — Excursion à Arcachon; visite aux parcs aux huîtres du bassin d'Arcachon et à l'aquarium.

8 septembre. — Excursion par chemin de fer aux cavernes des Eyzies.

9 septembre.— Matinée, séances de sections. A une heure, visite aux travaux des docks de Bordeaux. A huit heures, conférence de M. Cornu sur la constitution physique du soleil.

10 septembre. — Excursion par bateau à vapeur à l'embouchure de la Gironde. Visite des travaux destinés à protéger la pointe de Grâce contre les efforts de la mer. Visite au phare de Cordouan.

1 1 septembre.— Matinée, séances de sections. A une heure, séance générale. M. Alexandre Léon : de l'industrie des landes de Gascogne; services que la science est appelée à lui rendre. M. le docteur Lefort : sur l'organisation du service de santé de l'armée et sur le rôle des sociétés de secours aux blessés en temps de guerre. M. Lafont : l'ostréiculture dans le bassin d'Arcachon et les réservoirs à poissons. M. le capitaine Périer : la géodésie française et la méridienne de France. Soir, réception par le maire de Bordeaux, à l'Hôtel de Ville.

12 septembre. — Matinée, séances de sections. A quatre heures, séance générale : nomination du bureau pour 1872-1873; choix de la ville de Lyon pour le congrès de 1873. A cinq heures, conférence de M. Laussedat sur le matériel scientifique nécessaire aux officiers en campagne (conférence destinée aux officiers de la garnison de Bordeaux). A huit heures, conférence de M. Levasseur sur la géographie commerciale.

13, 14 et 15 septembre. — Excursion dans les Landes et sur la frontière d'Espagne. Visite, à Labouheyre, d'un haut fourneau où est employé avantageusement le charbon de bois de pin, d'un atelier d'injection pour les bois de pin, d'une fabrique de produits tirés de la résine. Visite aux écoles de Morcenx, fondées par la Compagnie des chemins de fer du Midi pour les enfants de ses employés. Visite des thermes de Dax et des salines des environs de cette ville. Visite, à Irun (Espagne), d'importantes mines de fer. Excursion au Cambo, ancien camp celtique aux environs de Bayonne.

Telle a été la première session de l'Association française, intéressante en même temps qu'utile. Tous ceux qui y ont assisté ne se sont certes pas repentis de l'emploi qu'ils ont fait de ces dix jours passés à Bordeaux ; tous reviendront à Lyon, l'année prochaine, puiser a cette source féconde une nouvelle ardeur pour leurs recherches scientifiques; tous chercheront à y entraîner leurs amis et leurs connaissances. Puissé-je n'avoir moi-même pas fait un vain effort pour y amener quelques lecteurs de la Feuille des Jeunes Naturalistes!

Paris. E. Koechlin.

 

 

 

  


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