Histoire naturelle
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Recherches sur le terrain de Trias

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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RECHERCHES SUR LE TERRAIN DE TRIAS
(Suite).

Les grès bigarrés atteignent un très grand développement dans les Vosges, en Alsace et en Lorraine, et surtout dans le Wurtemberg, où ils parviennent à une hauteur de deux cent trente mètres. Dans le Wurtemberg, ce sont des grés quartzeux, qui renferment parfois des grains de quartz arrondis et assez gros ; à la partie supérieure de l'étage, ces grés présentent des parcelles de mica, qui donnent à la roche un certain brillant. En Lorraine et au nord de la Franche-Comté, « la partie inférieure du grès bigarré est composée d'un grès à grains fins, le plus souvent d'un rouge amarante, contenant de petites paillettes de mica disséminées irrégulièrement. Ces premières couches sont fort épaisses et fournissent partout de très belles pierres de taille. En s'élevant davantage dans la formation, on en trouve de plus minces, qui sont exploitées pour faire des meules à aiguiser. Plus haut encore, il en existe de très minces et de très fissiles, qu'on exploite comme dalles pour paver les maisons. Elles deviennent quelquefois très peu consistantes et passent même à une argile bigarrée, qui est employée comme terre à briques. Les assises supérieures de la formation du grés bigarré renferment souvent des couches peu épaisses de calcaire marneux et de dolomie. » {Exp. de la carte géol. de la France.)

Maintenant que la nature pétrographique du bunter sandstein est esquissée, il convient de rechercher quels étaient, pendant cette période, les êtres organisés qui vivaient à la surface de la terre. Dans la faune d'une période quelconque, on doit toujours distinguer trois éléments : certains fossiles encore peu nombreux font leur apparition dans le terrain, leur existence n'a pas encore été signalée; d'autres, au contraire, sont caractéristiques de ce terrain, tant ils y abondent; ils ont pris naissance pendant l'époque précédente; un troisième groupe, enfin, comprend les espèces qui, après avoir apparu et s'être développées dans les périodes antérieures, ne se rencontrent plus que fort rarement et disparaîtront dans la période suivante. Ainsi, ce qui caractérise le trias, c'est la présence simultanée des espèces paléozoïques et des espèces mésozoïques : les premières n'ont plus que quelques représentants et sont sur le point de s'éteindre; les secondes sont comme des messagères, des types prophétiques, si je puis m'exprimer ainsi, des genres qui doivent dans la suite prendre tout leur développement.

Les fossiles sont assez rares dans l'étage du bunter sandstein; ce qui s'explique parfaitement si l'on suppose que, avant de se déposer et de former des roches consistantes, les éléments du grès bigarré ont été longtemps agités et détruits par le frottement des débris organisés qu'ils tenaient en suspension. Mais le squelette, quelque déformé qu'il soit, un crâne, des dents, l'empreinte même des pas, suffit aux géologues : d'après ces documents, il restaure les espèces disparues. Nous verrons sur quelles données M. Owen établit l'existence, dans les temps anciens, de batraciens gigantesques; quel profit M. Hitchock tira de l'examen des empreintes physiologiques et des ornithichnites en particulier; comment enfin le docteur Dana confirma par d'ingénieux procédés les assertions de ce dernier professeur.

Avant d'aborder l'étude des genres qui sont proprement mésozoïques, arrêtons-nous aux types paléozoïques, dont le trias renferme les derniers débris. Les poissons ne sont pas encore homocerques , suivant l'expression de M. Agassiz, qui désigne par là ceux dont la nageoire caudale également lobée est exclusivement soutenue par les rayons de la queue; ils ne présenteront ce caractère essentiellement mésozoïque qu'à partir du lias. Ce sont toujours les formes inhérentes à la période paléozoïque ; la nageoire caudale est inégalement bilobée et la colonne vertébrale se prolonge jusque dans le lobe supérieur, qui prend alors un grand développement; en un mot, les poissons du trias sont hétérocerques. Apparu dès le terrain silurien, ce type, qui se montre pour la dernière fois pendant la période triasique, y a néanmoins de nombreux représentants. Les débris que l'on rencontre dans le terrain de trias sont dans un parfait état de conservation; parmi les genres les plus remarquables du bunter sandstein, il faut citer l'ischyoptérus, dont on connaît six ou sept espèces. L'ischyoptérus, d'abord confondu avec le paléoniscus, en a été nettement séparé par sir Philippe Egerton,qui en a fait un genre distinct, différent de ce dernier en ce qu'il est moins hétérocerque, en d'autres termes, en ce que la colonne vertébrale s'avance moins avant dans la nageoire caudale.

Je ne veux point insister sur chacune des espèces de poissons propres au bunter sandstein. Ce qu'il importait avant tout d'indiquer, c'était le trait caractéristique de cette grande classe, lors de la formation du grès bigarré; l'étude particulière des genres nous entraînerait trop loin.

Jetons maintenant un coup d'oeil sur les types mésozoïques : les reptiles prennent une grande importance dès le commencement de la période triasique, et l'on peut présager qu'ils joueront le principal rôle dans la faune des terrains secondaires. Les labyrinthodontes surtout, dont l'apparition remonte à la période dévonienne, atteignent tout leur développement dans le terrain de trias; les empreintes qu'ils ont laissées sur les grès bigarrés ont servi à attester leur existence et ont guidé les géologues dans la voie des recherches.

En effet, on avait remarqué dans les couches du bunter, en Saxe, et dans les grès quartzeux blancs, aux environs de Liverpool, des empreintes de pas (1) très nettes el très distinctes, assez semblables à une main d'homme : frappé de celle ressemblance, M. Kaup donna au quadrupède qui les avait produites le nom de cheirotherium. Mais l'on ne savait rien de précis sur sa conformation. La disproportion existant entre la trace des pieds de devant qui mesuraient 10 cent, de longueur et 7 cent, de largeur, et la trace des pieds de derrière qui atteignait jusqu'à 20 cent, de longueur et 12 cent, de largeur, donnait à M. Kaup quelque raison de croire que le cheirotherium devait être rapporté à l'ordre des marsupiaux. On pensait de plus que le quadrupède inconnu n'était point organisé pour vivre sous l'eau, puisqu'il lui eût été impossible, dans un tel milieu, où les corps perdent une certaine quantité de leur poids, de laisser des empreintes aussi profondes. Les découvertes de M. Owen jetèrent une vive lumière sur la question. Plus tard, en effet, il observa dans le trias des restes organisés fossiles qu'il attribua à des reptiles d'une effrayante grosseur. Se fondant sur les caractères du crâne, des mâchoires et des dents, le savant géologue en fit un genre nouveau, le labyrinthodon, dont il signala trois espèces différentes. Mais il se trouva que la taille de chacune de ces espèces coïncidait avec les trois dimensions des empreintes étudiées par M. Kaup. Comme on avait déjà remarqué que les extrémités postérieures du labyrinthodon étaient beaucoup plus puissantes que les antérieures, il n'en fallut pas davantage pour conclure que les empreintes laissées par le prétendu cheirotherium n'étaient autres que la trace des pas du labyrinthodon.

À quel ordre doit être rapporté le labyrinthodon?

C'est un problème que la paléontologie n'a pas encore résolu; le docteur Mantell a regardé ce reptile comme une espèce de crocodilien, en s'appuyant sur la forme des dents longues et coniques et sur la structure typique du crâne, particulièrement du museau. Mais si l'on s'arrête à d'autres considérations anatomiques, on se range plutôt à l'opinion de M. Owen, qui en fait de son côté un véritable batracien. Le labyrinthodon présente en effet, de même que les batraciens, des dents implantées sur le vomer et les os palatins; comme chez eux aussi le crâne s'articule avec l'atlas au moyen de deux condyles occipitaux; chez les crocodiles, au contraire, il ne repose sur la première vertèbre que par un seul condyle.

J'ai dit que les empreintes physiologiques provoquèrent de la part des paléontologistes de nombreuses recherches, je dois ajouter qu'elles devinrent en même temps pour eux un sujet de méditation. «Elles sont, fait observer le géologue Buckland, comme une moquerie jetée aux potentats les plus puissants des sociétés humaines. » Ni les ruines amoncelées par les conquérants, ni les monuments élevés pour consacrer leurs victoires et assurer leur immortalité, n'ont résisté au temps et aux bouleversements. Mais les traces laissées parle pied des reptiles de l'ancien monde sur les roches en formation nous apparaissent encore, après tant de siècles, distinctes, incontestables.

Un poète a pu dire sur les ruines du Colisée :

« La nature a son ironie. » (Lamartine.)

Lunéville.
Ernest Paulin,
Membre correspondant de la Société d'études scientifiques de Nancy.

(1) Ce sont ces empreintes que les paléontologistes ont désignées sous le nom d'empreinte physiologiques. Les ornithichnites ne sont autre chose que les empreintes de pas d'oiseaux.

 

 

 

  


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