Histoire naturelle
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L'Arthemisia absinthium

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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L'ARTEMISIA ABSINTHIUM.
SES PROPRIÉTÉS.

Les propriétés de l'absinthe sont si variées et si généralement utilisées aujourd'hui que selon moi, une étude sur cette plante ne saurait être ici déplacée. Mon plan est de traiter la plante elle-même, puis de parler de la liqueur qui porte son nom.

L'Artemisia absinthium, ou simplement l'absinthe, appartient à la famille des Synanthérées. Cette plante herbacées, haute d'environ 80 centimètres, croit naturellement dans les lieux incultes et escarpés d'une assez grande partie de la France, mais principalement sur les montagnes du Jura et de la Suisse, et c'est de ces lieux qu'on en tire la plus grande quantité et la meilleure espèce ;. elle est vivace et fleurit en juillet et août.

Sa tige qui, ai-je dit, a de 60 centimètres à 1 mètre de hauteur, est dressée, rameuse, striée, blanchâtre et revêtue de poils courts. Ses feuilles, qui la font surtout reconnaître de ses soeurs (A. camphorata, A.vulgarù, A.campestris), sont alternes, inermes, parsemées de taches en forme de points, blanches argentées en dessous et colorées d'un vert blanchâtre en dessus. Envisagées sous le rapport de leur forme, elles sont très découpées (bipinnatipartites), obtuses au sommet et à segments étroits, linéaires ou lancéolés, tandis que les feuilles raméales sont presque toutes entières. Quant aux pétioles qui supportent ces feuilles, ils sont simples.

Les fleurs de l'absinthe, disposées en petites grappes terminales assez longues, feuillées et à rameaux étalés, sont portées sur un seul côté de la tige que, pour cette cause, elles font pencher vers la terre; elles sont petites, jaunâtres et globuleuses, et, quant au péricline, il se compose d'écailles obtuses ovales, largement scarieuses au sommet, et sa surface est couverte de poils. Avant de finir la description extérieure de cette plante, qu'il nous est d'ailleurs inutile de scruter jusque dans ses moindres détails pour la reconnaître, je dirai encore que les fleurons du disque sont nombreux, quinquédentés, hermaphrodites ou neutres, tubuleux et réguliers, que les fleurons de la circonférence sont peu nombreux, subulés, entiers et femelles fertiles, que le réceptacle est très velu et qu'elle même a une saveur amère, bien qu'elle soit très odorante.

L'Artemisia vulgaris, que l'on rencontre partout sous le nom d'herbe de la Saint-Jean ou d'herbe aux cent goûts, ne diffère de l'A. absinthium que par le calice qui est ovoïde, à écailles petites, pointues, les rameaux dressés, le réceptacle glabre, le pétiole auriculé, ses feuilles non ponctuées et ses calathides qui, au lieu d'être pédicellées, sont sessiles.

Au point de vue des vertus médicinales des végétaux, l'absinthe est sans contredit l'une des plantes les plus précieuses, dont l'usage a été, s'il n'est pas encore, un des plus familiers et dont les propriétés sont très connues. De tout temps, en effet, et partout, on a attribué à l'absinthe une vertu stomacale, apéritive, hystérique, fébrifuge, etc. Mais aussi quels accidents n'a-t-elle pas causés! C'est ainsi qu'employée à faible dose, elle est propre à réveiller l'appétit, à faciliter la digestion et à fortifier l'estomac; tandis qu'au contraire, employée à forte dose, elle produit une chaleur intense dans l'estomac ; de là une soif dévorante et des maux de tête pareils à ceux que produit la liqueur du même nom et dont je parlerai en temps et lieu.

Dans les fièvres intermittentes, quelques infusions de feuilles ou de fleurs suffisent quelquefois, dit-on, pour guérir le malade; mais si, par hasard, ces infusions ne produisent pas l'effet demandé, 4 grammes d'extrait de quinquina, mêlés à 60 grammes du suc provenant des feuilles, produisent une grande amélioration dans l'état de celui-ci. Enfin, dans les campagnes surtout, réunie à l'ail ou à l'huile d'olive, on la voit employée avec succès contre les vers et contre d'autres maladies qu'il serait trop long d'énumérer ici.

L'absinthe produit en outre, avec divers liquides, une foule de liqueurs qui toutes ont les propriétés de la plante elle-même, si cependant elles ne sont pas prises en trop grande quanlité. Parmi celles-ci, je citerai le vin d'absinthe, employé en médecine comme tonique, vin que l'on fait souvent lorsqu'on veut donner à des vins faibles et sans esprit plus de saveur et plus de pouvoir de se conserver; d'autres le remplacent par la bière, dépourvue de houblon, qu'ils rendent enivrante par le procédé précédent, c'est-à-dire en y faisant macérer l'absinthe elle-même; en dernier lieu, vient cette boisson bienfaisante et terrible en même temps, que l'on nomme absinthe; mais avant d'en parler, je vais faire voir l'action que produisent seules les émanations de l'absinthe (A. absinthium) sur les vers à soie.

C'est à .M. E. Faivre que revient l'honneur de cette intéressante expérience qu'il fit à la fois sur quatre plantes : l'absinthe, le fenouil, la balsamite et la tanaise; mais laissons parler M. J.-H. Berthoud qui l'a rapportée dans les Petites Chroniques de la Science :

« On disposa les feuilles des plantes au fond de quatre boîtes, et on les recouvrit de diaphragmes percés, à la surface desquels on plaça les vers. Ainsi séparés des plantes qu'ils ne pouvaient atteindre, les vers à soie n'en devaient être affectés que par des émanations odorantes ; les boîtes furent closes, chacune renfermant deux vers sains et deux vers malades arrivés tous les quatre aux premiers jours du cinquième âge.

» Les animaux soumis à l'action de l'absinthe ont été pris d'une vive excitation; ils cherchaient à fuir, en proie par instants à de véritables mouvements convulsifs; la défécation a été presque immédiate, abondante, répétée; les battements du vaisseau dorsal se sont notablement accélérés. En cinq heures, l'un des vers est mort; un ver malade, atteint de gatine intense, n'a pas résisté plus d'une heure. »

Le fenouil a produit les mêmes effets; les vers malades ont succombé en peu de temps, et les deux vers sains ont filé leurs cocons en moins de quarante heures; la balsamite les fît périr en huit heures, et la tanaise, dont les propriétés sont analogues à celles de l'absinthe, moins actives cependant, a fait produire un cocon aux vers malades, chose qui s'est vue pour la première fois. — Si telle est l'influence des émanations odorantes, de l'absorption possible de ces émanations par les téguments des vers, de l'action exercée sur le système nerveux et les sécrétions, combien doit être énergique cette influence sur les buveurs d'absinthe!

L'absinthe. — S'il est une boisson que l'on doit éviter de prendre, certainement c'est celle dont je vais parler et qui malheureusement occupe un rang trop important dans les habitudes. Ce mélange d'alcool et de diverses plantes qui ont toutes des propriétés redoutables produit sur l'organisme les plus déplorables effets, attaque l'estomac et conduit tout droit, par un court et infaillible chemin, à l'abrutissement intellectuel. Longtemps on a discuté sur ce qui donnait à celte liqueur les propriétés qu'on lui connaît; les uns l'attribuaient à l'alcool seul; les autres l'attribuaient a l'absinthe (A. absinthium) elle-même. D'après de nombreuses expériences, témoin celle que j'ai citée plus haut, et d'autres dans lesquelles on faisait avaler de l'extrait d'A. absinthium à des animaux qui n'ont pas manqué de périr (1), on est aujourd'hui du parti de ces derniers.

L'absinthe, qui doit n'être qu'un mélange d'alcool à 72° et de plantes au nombre de .six, est altérée le plus souvenl par des substances plus vénéneuses. C'est ainsi qu'aux sommités de l'absinthe, qu'aux racines de Calamus aromaticus et d'angélique, qu'aux feuilles de dictame de Crète el d'origan vulgaire qui doivent seules composer cette liqueur, les fabricants ou commerçants mêlent de la menthe poivrée, de la mélisse, du fenouil, de l'hysope et du jus d'ortie, et même quelquefois du sumac, de l'indigo, du sulfate de cuivre (poison très énergique) pour lui donner le bleu éteint, couleur qui lui est propre.

Comment s'étonner maintenant des ravages, des accidents causés par cette funeste boisson?

Toul. G. Mailland.

(1) Cependant les vaches en mangent sans en paraître incommodées, mais leur lait a une vive amertume.

 

 

 

  


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