Histoire naturelle
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Sur le venin des Batraciens

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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SUR LE VENIN DES BATRACIENS.

On a beaucoup exagéré les propriétés toxiques du venin des Batraciens sur l'économie animale. —Cette humeur acre qui suinte de leur corps, inoculée dans les plaies, peut être funeste à certains petits animaux, mais elle est à coup sûr inoffensive pour l'homme. — Le venin des Batraciens est ordinairement renfermé dans des sortes de glandes verruqueuses placées sur la peau. — Lorsque le crapaud est surpris, il enfle son corps et projette quelquefois au loin son humeur acre et fétide.

Je citerai les expériences curieuses faites par MM. Gratiolet et Cloetz pour étudier l'action de ce venin sur les animaux. — Après avoir obtenu une certaine quantité de venin provenant, soit des pustules du crapaud, soit de celles de la salamandre, ils l'inoculèrent à frais sous la peau d'un lézard et d'un oiseau ; ils purent constater que le venin avait amené un narcotisme immédiat et bientôt, après plusieurs mouvements convulsifs, la mort s'ensuivit (Journal des Connaissances médicales, 1854).

Les mêmes expériences, répétées sur des rats, des écureuils, des lapins, ne produisirent que des accidents passagers. — Ils inoculèrent ensuite une petite quantité de venin sous la patte postérieure droite d'une petite tortue (Testudo mauritanica) et observèrent les faits suivants : d'abord le venin ne parut pas exercer d'action nuisible sur cet animal ; mais, quelques jours après, le membre lésé devint paralysé, et l'animal, au bout de six mois, n'avait pas recouvré le mouvement dans celte partie du corps.

MM. Gratiolet et Cloetz voulurent aussi voir si le venin conservé pendant un certain temps garde ses propriétés. Pour cela, ils firent dessécher 2 grammes environ de venin de crapaud (20 avril 1851), et, en ayant inoculé une petite quantité à un chardonneret (16 mars 1852), la mort s'ensuivit immédiatement. Pour mieux se rendre compte de la composition chimique de ce venin et pour mieux en étudier la nature, on a cherché à isoler le principe actif. Après avoir eu soin de dessécher le poison, on le traite à froid par l'éther rectifié qui, soumis à l'évaporation, laisse déposer un résidu; ce résidu, examiné au microscope, présente des granulations d'apparence oléagineuse, et l'oeil peut même y découvrir des cristaux formés par de petites aiguilles prismatiques. Avant la dessiccation complète, le résidu, inoculé à un verdier, amena de suite un sommeil profond, interrompu par des mouvements convulsifs, et la mort s'en est suivie au bout de très peu de temps.

Il restait ensuite à examiner si la matière traitée par l'éther et isolée des matières grasses était toujours vénéneuse. Après plusieurs expériences, on a démontré que les propriétés étaient toujours très actives, et on a conclu de là « que le poison, une partie du moins, ne se trouve point dans la substance d'apparence oléagineuse que l'éther dissout. »

La matière vénéneuse fut ensuite desséchée et pulvérisée; il en résulta une fine poussière qui provoquait de violents éternuements; — la poudre obtenue, traitée par l'alcool à chaud, a laissé un résidu que l'on a séparé des matières solubles par filtration et même par un lavage à l'alcool bouillant. — On avait donc encore à examiner l'alcool qui avait servi au traitement et le résidu insoluble. Une assez grande quantité de ce résidu, imprégnée d'eau distillée et inoculée sous l'aile d'une linotte, n'a produit aucun effet; quelques jours après, la plaie fut cicatrisée. Ce résidu ne paraît donc pas posséder de propriétés vénéneuses.

On examina ensuite l'alcool bouillant qui avait servi au traitement; cet alcool a abandonné une matière d'apparence résineuse, après avoir été évaporé au bain-marie, matière qui, inoculée à un bruant, a produit des effets terribles et presque aussitôt mortels. MM. Gratiolet et Cloetz séparèrent par évaporation de l'alcool la matière vénéneuse, qui est soluble dans l'eau acidulée d'acide chlorhydrique. Ayant traité cette solution par le bichlorure de platine, ils eurent un précipité jaune; avec une dissolution de bichlorure de mercure (sublimé corrosif), ils eurent un précipité blanc très abondant, réactions, comme on le voit, propres aux alcoloïdes. Avec l'ammoniaque, ils obtinrent un précipité floconneux, insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'acide acétique. Par évaporation, la solution a déposé un résidu d'aspect cristallin qui, inoculé à une linotte, a produit une excitation, une irritabilité et une gaieté particulières; au bout d'une heure, une paralysie des membres s'est manifestée et la mort s'en est bientôt suivie.

Un fait vraiment curieux et que je ne puis omettre, c'est que dans tous les oiseaux soumis aux expériences et morts convulsivement, les canaux demi-circulaires de l'oreille ont toujours été trouvés remplis de sang.

Nous pouvons donc conclure de ces expériences :

1° Qu'il y a possibilité d'empoisonnement partiel chez certains petits animaux;
2" Que le poison desséché conserve longtemps ses propriétés vénéneuses.

Nous voyons, par ce rapide aperçu, combien offre d'intérêt l'étude de l'action du venin des batraciens sur les animaux. A chacun de nous de répéter ces expériences, de les vérifier; à nous encore, d'essayer de déterminer la composition chimique du principe actif de ce venin, qui n'est pas encore définitivement arrêtée.

Tarbes. Félix Barrère.

 

 

 

  


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