Histoire naturelle
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Note pour servir à l'histoire d'un infusoire

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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NOTE POUR SERVIR A L'HISTOIRE D'UN INFUSOIRE NOUVEAU.

J'observe depuis quelque temps un être des plus curieux qui s'est développé tout à coup dans un vase où végète, tant bien que mal, une Nitella hyalina que je rapportai de Chaumont (Maine-et-Loire) le 10 août 1871.

Depuis sept mois que cette plante est en ma possession, elle a donné naissance à une faune aussi variée qu'intéressante : ce furent d'abord les Vorticelles qui se montrèrent, mais qui, trop délicates sans doute, ne purent supporter la captivité et disparurent bientôt. Je pus observer ensuite une certaine quantité de Systolides, des Volvox, le Chilomonas granulosa, des Monadiens divers, l'Euglena viridis, l'Astasia limpida, etc., et enfin, depuis un mois environ, c'est-à-dire après six mois de macération, l'être extrêmement bizarre qui est l'objet de cet article (1).

Voici la description exacte de cet infusoire :

Animal ovoïde, recouvert d'un tégument membraneux, glutineux, diaphane. Corps rempli de granulations et portant au centre une tache claire entourée d'un bord plus foncé; tout le corps coloré en vert. Deux filaments servant à la locomotion et cessant d'être agités quand l'animal est stable. Mouvement lent de rotation dans tous les sens et de progression assez vif, les filaments (que M. Ehrenberg nommerait sans doute des trompes) portés en avant. Ces filaments sont extrêmement ténus et d'une transparence si parfaite qu'il est très difficile de les apercevoir; on ne peut y parvenir qu'en plaçant le microscope au soleil et en faisant naître des ombres à l'aide du diaphragme : on voit alors deux longs filets que l'animal agite en tous sens et qui ont environ trois ou quatre fois sa longueur.

Cet être se tient par groupes réguliers de quatre individus agglutines par les bords du tégument qui, en raison de sa diaphanéité, est assez difficile à apercevoir, ce qui ferait supposer au premier abord que ces animaux ne se touchent pas.

Reproduction par division spontanée :

Diamètre ...................0,012 à 0,015 mm
Longueur ...................0,017 à 0,020
Longueur des filets......0,045 à 0,055

Quand les animaux forment un groupe, ils occupent une position verticale et présentent par conséquent le sommet de leurs corps à l'observateur; on croirait voir quatre lentilles accolées par les bords et formant un carré. Dans dans cette position, les contours de chaque infusoire paraissent légèrement ondulés, ce qui ferait supposer que l'enveloppe interne est délicatement plissée. — Quand le groupe s'incline et prend une position oblique, on aperçoit les quatre animalcules ayant une forme ovoïde oblongue et agitant leurs filaments. — Il arrive parfois que les groupes se divisent et qu'il ne reste plus que deux animalcules accolés, ceux-ci n'en continuant pas moins leurs mouvements de progression et de rotation.

Je ne sais si ces infusoires peuvent se reproduire autrement que par division spontanée ; en tons cas, ce dernier mode me paraît ne pouvoir leur être contesté, car j'ai aperçu assez souvent un gros individu arrondi, dépourvu de filaments et en quelque sorte enkysté, très manifestement segmenté à l'intérieur du tégument.

Ce mode de propagation explique, du reste, cette disposition singulière d'animaux réunis régulièrement par quatre, ce qui serait impossible .a comprendre, si ce dernier fait n'existait pas. Il est utile de noter que la segmentation était quaternaire.

Il me fut impossible, à l'aide de l'ammoniaque ou de la compression, d'obtenir la plus légère exsudation sarcodique.

J'ai cru devoir réunir cet être à la famille des Thécamonadiens et au genre Diselmis ; en voici les raisons : Sans organisation interne appréciable, considérant le tégument membraneux non contractile dont il est recouvert, ensuite par sa coloration, cet infusoire ne peut appartenir qu'à la famille nommée plus haut. Ceci était facile, mais la détermination du genre m'arrêta plus longtemps, grâce à une singulière coïncidence. M. Dujardin a décrit sous le nom de Cryptomonas socialis un microzoaire qui a, au premier abord, plus d'un point de contact avec le mien. Cet infusoire fut trouvé une seule fois (à Paris, le 26 janvier 1841, dans l'eau d'un tonneau d'arrosage) par l'illustre micrographe. Cet animalcule formait bien, comme celui que j'ai observé, des groupes de quatre individus; le corps était vert, mais montrait au centre une tache rouge ; il ne portait qu'un seul filament flagelliforme ; on observait des traces de division spontanée. Malgré les rapprochements évidents qui existent entre ces deux infusoires, un léger examen suffit pour démontrer qu'ils ne peuvent être confondus. — Ce qui caractérise essentiellement le genre Cryptomonas, c'est que les individus qui le composent ne possèdent qu'un seul filament; or, le protozoaire qui est l'objet de cette étude porte deux filaments. Ce dernier organe, si important pour la classification de ces infiniment petits, ne permet donc pas, en se présentant double chez l'animalcule qui nous occupe, de confondre celui-ci avec l'espèce décrite par M. Dujardin et nous force à le rapprocher d'un autre genre. De plus, la tache rouge que l'on observait sur le Cryptomonas socialis n'existe pas chez le nôtre.

Il faut donc bien, malgré le rapport étrange qui existe entre ces deux êtres quant à l'agglutination régulière à quatre individus (fait qui était unique dans l'histoire naturelle), admettre qu'une seconde espèce, assez voisine, il est vrai, de la première, mais devant cependant rentrer dans un autre genre, présente la même singularité.

Je crois donc devoir comprendre l'infusoire litigieux dans le genre Diselmis ainsi caractérisé par M. Dujardin : « Animaux à corps ovoïde ou globuleux, revêtus d'un tégument presque gélatineux, non contractile et pourvus de deux filaments locomoteurs égaux. »

Cette définition s'accorde parfaitement avec l'organisation de mon protozoaire. Maintenant le genre Diselmis ne renferme que quatre espèces, dont deux marines, et aucune de celles-ci ne peut se rapporter à l'objet qui nous occupe. Force est donc d'admettre que ce microscopique n'avait point encore été observé, ou du moins n'a pas eté décrit, aucun travail spécial sur la classification des infusoires n'ayant, je crois, été publié depuis l'ouvrage de M. Dujardin (Zoophytes infusoires, Paris, 1841).

Une espèce nouvelle chez ces microscopiques ne doit point, du reste, être un sujet d'étonnement. Si une classe d'êtres est nombreuse, je dirai plus, presque sans limites, c'est celle de ces zoophytes; car des organismes qui, pour la plupart, sont dus à des genèses spontanées, doivent varier et varient effectivement de forme et d'aspect à chaque nouvelle infusion. Il suffit d'avoir fait quelques expériences hétérogéniques pour s'en convaincre, et l'on sait que M. Pauchet affirme que des centaines de générations spontanées de Colpoda cucullus, qui passèrent sous ses yeux, ne lui présentèrent jamais des individus parfaitement semblables. Si je ne m'étais trouvé en présence d'un animalcule dont la spontanéité peut être douteuse en raison de l'origine du milieu qui l'a produit, je n'eusse même pas essayé de définir et de déterminer son espèce. Mais comme il a été observé que les infusoires du genre Diselmis ne paraissent point dans les infusions artificielles (2), et que si ce nouveau microzoaire est particulier aux marais de Chaumont, il peut y avoir là une véritable espèce, j'ai entrepris de déterminer et de classer ce petit être, jusqu'à ce jour, je crois, inconnu.

Je propose donc le nom de Diselmis socialis, cette désignation spécifique adoptée par Dujardin pour un Cryptomonas qui a avec notre Diselmis ce point de contact remarquable d'association régulière de quatre individus vivant en société, ayant l'avantage d'indiquer clairement un des traits caractéristiques et bien certainement le plus curieux de cet infusoire.

Angers. Ernest Chauveau.

(1) Ces observations ont été communiquées à la Société d'études scientifiques le 10 mars dernier.
(2) Dujardin, Histoire des Zoophytes infusoires, p. 341.

 

 

 

  


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