Histoire naturelle
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Aperçu sur la végétation du monde primitif

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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APERÇU DE LA VÉGÉTATION DU MONDE PRIMITIF.
(Suite et fin.)
§ 6. — Époque crétacée.

La période jurassique touche à sa fin : les puissantes assises soulevées à cette époque sont envahies par les eaux, et une mer immense vient s'étendre entre les récifs de petites îles formées par les plus hautes crêtes du calcaire jurassique. C'est sur les rivages les plus humides de ces îlots déserts que se fixe la chétive végétation de cette époque. Les faibles documents qui nous en sont parvenus ont été enfouis dans les deux couches sablonneuses auxquelles le terrain crétacé a donné naissance, le grès vert et le quadersandstein de l'Allemagne du Nord; ils correspondent ainsi aux deux extrémités de cette longue période. Ce qui forme le caractère distinctif de la végétation crétacée, c'est l'apparition et le premier développement des véritables dicotylédones; ils sont incontestablement représentés dans les assises supérieures du quadersandstein par une forme très singulière dont on n'a pas encore pu déterminer la place dans le monde végétal; elle constitue le genre Credneria caractérisé par ses grandes feuilles à trois nervures traversées d'un grand nombre de veines. En même temps, le nombre des cycadées et des fougères a beaucoup diminué; à leur place, se montrent des palmiers (Flabellaria chamoeropifolia) et des conifères nouveaux appartenant pour la plupart au genre Brachyphyllum, dont l'apparition remonte à l'époque jurassique.

Plusieurs espèces de fougères, dont quelques-unes arborescentes, se rencontrent encore dans les couches argileuses du grès vert d'Aix-la-Chapelle. Elles appartiennent aux genres Pteridoleimma dont on connaît de nombreuses espèces, Alethopteris, Pecopteris et Beinizia.

III. — ÉPOQUE TERTIAIRE.
§1er. — Terrain tertiaire inférieur (système nummulitique et éocène).

La terre ferme a gagné en étendue; les îles, à l'origine peu nombreuses et dispersées dans une mer sans rivages, se sont réunies pour former des continents; partout, dans la faune comme dans la flore, nous voyons poindre l'aurore du monde nouveau qu'habitera l'homme.

L'époque tertiaire s'ouvre par une formation marine caractérisée au point de vue zoologique par les nummulites, et au point de vue botanique par le développement d'une famille particulière d'algues marines, celles des Florides qui fit son apparition avec les premiers sédiments du terrain cambro-silurien : c'est le système nummulitique ou épicrétacé qui se trouve particulièrement développé dans les Alpes et dans les Pyrénées, et qui dans certaines localités a donné lieu à des dépôts considérables. Il renferme souvent une telle quantité d'algues qu'on a donné à l'étage qui les renferme le nom de grès à fucoïdes; il se compose d'un schiste de couleur foncée, reposant directement sur le calcaire nummulitique et renfermant, à Monte-Bolca (Italie) surtout, les empreintes de poissons et de nombreuses espèces d'algues.

Ce schiste alterne avec un grès quartzeux sur lequel on rencontre également des empreintes d'algues marines; elles appartiennent presque toutes au genre Chondrides (Fucoïdes) et présentent de nombreuses espèces dont les plus caractéristiques sont .• Ch. Targionii, intricatus et furcatus.

La flore de l'éocène, qui nous a été conservée par les tufs calcaires d'eau douce des environs d'Epernay et par les lignites de Soissons, peut être considérée comme la continuation et le développement de la végétation crétacée. Elle est marquée par le règne des angiospermes apétalées, qui apparaissent déjà avec la craie, et rappelle dans son ensemble la flore actuelle de la Nouvelle-Hollande combinée avec celle du Brésil, de Ceylan et du Mexique, tandis que les familles à physionomie essentiellement européenne lui manquent complètement. Les plantes phanérogames dominent maintenant; cependant, à côté des dicolylédonés, nous trouvons encore de nombreux monocotylédonés, des palmiers surtout (Flabellaria) , mais très peu de plantes herbacées : c'étaient particulièrement des plantes à feuilles persistantes, dont les organes floraux n'étaient pas encore développés comme dans notre époque, tels sont les Eucalyptus de la Nouvelle-Hollande que nous rencontrons à côté des figuiers, des lauriers et des acacias de l'Inde, ainsi que de nombreuses plantes appartenant aux familles des légumineuses et des malvacées, ce qui semblerait indiquer un climat tropical pour toute la durée de l'éocène.

§ 2. — Epoque miocène.

Pendant la période miocène, la végétation, favorisée par un climat doux et par de nombreux cours d'eau abondamment répandus sur toute la surface du continent, prit un développement qui n'est comparable qu'à celui des cryptogames gigantesques de la période houillère. Des tourbières à perte de vue, couvertes d'immenses forêts, s'établirent autour des grands lacs d'eau douce de cette époque et accumulèrent pendant des siècles une énorme quantité de substances végétales qui formèrent la plus grande partie des couches charbonneuses exploitées aujourd'hui sous le nom de lignites. C'est dans ces dépôts, surtout dans les lignites feuilletés et dans la molasse d'eau douce de la Suisse, que nous retrouvons les matériaux qui nous ont révélé l'histoire de la végétation du terrain miocène.

Avec cette formation, la flore s'est beaucoup compliquée : aux Apétalées du terrain crétacé et de l'éocène viennent se joindre d'abord les Dialypétalées ou plantes à pétales libres, et plus tard les Gamopétalées. Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est une variété etl une multiplicité dans les arbres forestiers (on en connaît près de 200 espèces) qu'on ne retrouve plus aujourd'hui que sous la zone torride; en effet, de nombreuses espèces de cyprès (Taxodium), d'ormes, d'érables, de noyers, de saules, de bouleaux, de peupliers et de chênes se rencontrent à côté des magnolias, des tulipiers (Lyriodendron), des acacias, des mimosas, des figuiers et des lauriers des contrées tropicales.

Parmi les Apélalées, ce sont surtout les familles des Salicinèes, des Eupalifères, des Protéacées et des Myricacées qui dominent; les Corolliflores ou plantes à pétales libres apparaissent ensuite avec les Laurinées, les Myrtacées, les Tiliacées, et surtout avec les Acérinées. les Rhamnées et les Léguminenses; les Gamopélalées sont représentées dans des proportions très minimes, et seulement vers la fin de l'époque miocène, par les Synanthérées, les Ericacées, les Oléacées, les Rubiacées et les Convolvulacées.

Parmi les formes végétales les plus caractéristiques du terrain miocène, il faut citer surtout le laurier-camphrier (Daphnogene polymorpha), bel arbre qui habite aujourd'hui la Chine et le Japon, mais qui pendant la période miocène était abondamment répandu dans toute la Suisse; ensuite un laurier-cannelier (Cinnamomum polymorphum) qui offre beaucoup de ressemblance avec l'espèce actuelle de Ceylan; plusieurs espèces de chênes (Quercus lignitum), d'érables (Acer trilobatum) et de noyers (Juglans acuminata); enfin parmi les conifères je citerai le Pinites Dixonii dont on a retrouvé de nombreux cônes carbonisés, et parmi les légumineuses, le Coesalpinia ambigua.

Cette flore si riche et si diverse semble indiquer un climat encore tropical; cependant les types australiens ont presque entièrement disparu, et la température semble se rapprocher de celle de la partie méridionale de l'Amérique du Nord et du Haut-Mexique. Un fait très intéressant qui prouve qu'à cette époque les climats étaient encore uniformément distribués sur toute la surface de la terre, est la découverte faite en Islande et jusqu'au Groenland d'une flore fossile, presque identique à celle qui caractérisait nos contrées; la vigne, le châtaignier, l'érable (Acer otopteryx) et le noyer y fleurissaient à côté du tulipier, du magnolia et du laurier-cerise. Jusqu'au Spitzberg et jusque vers le pôle s'étendaient d'épaisses forêts composées de conifères, tels que les pins et les ifs, et d'une vingtaine d'espèces d'arbres feuillus dont quatre espèces de peupliers, plusieurs de hêtres, de chênes, de platanes, d'ormes et de noyers.

§ 3. — Epoque pliocène.

La flore de l'époque pliocène nous a été conservée par les belles empreintes végétales du calcaire fétide d'OEningen, au bord du lac de Constance, de Haering, en Tyrol, et de Parschlug, en Styrie; elle se rapproche de plus en plus de celle de l'Amérique du Nord et semble indiquer pour cette période un climat tempéré, analogue à celui du Haut-Mexique ou de la Californie. Les nombreux palmiers des formations précédentes, les mimosas, les acacias et les Protéacées, ont complètement disparu; à leur place s'établissent des forêts de saules, d'érables, de noyers, de bouleaux, etc. On connaît jusqu'à présent près de 140 espèces de saules fossiles, 40 espèces de peupliers et 30 espèces d'érables, dont 16 à OEningen seul. Le nombre des espèces trouvées dans cette dernière localité est immense; les conditions dans lesquelles s'est formé ce dépôt paraissent avoir été les mêmes que celles qui ont favorisé la formation du calcaire lithographique de Solenhofen.

Parmi les espèces les plus caractéristiques, je citerai encore le laurier-camphrier (Daphnogene polymorpha) , un noyer (Juglans acuminata), trois espèces d'érables très fréquentes à OEningen surtout (Acer tricuspidatum, trilobatum et productum) , deux espèces de peupliers (Populus latior et ovalis), un saule (Salix Bruchmanni), plusieurs conifères (Taxodium europoeum, Pinus furcata et Ilex stenophylla) , enfin une rhamnée (Rhamnus oeningensis), une légumineuse (Coesalpinia major), une fougère de l'ordre des Polypodiacées (Pteris oeningensis) et une forme intermédiaire entre les Rhizocarpées et les Lycopodiacées (Isoëtes Braunii).

Un des produits végétaux les plus intéressants de cette époque est le succin ou ambre jaune, substance précieuse, que depuis la plus haute antiquité on va recueillir sur les bords de la mer Baltique, mais qui se trouve aussi disséminée en petits rognons ou en grains dans les lignites.

Le succin n'est autre chose qu'une résine fossile, sécrétée par des conifères qui formaient d'immenses forêts sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la mer Baltique. Il renferme très souvent des insectes, tels que des fourmis, des diptères, des hémiptères, des coléoptères, etc., ainsi que des écorces d'arbres, des mousses et des lichens, et même des fleurs dont tous les organes sont admirablement conservés.

Strasbourg. P. K.

 

 

 

  


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