Histoire naturelle
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L'Apus cancriformis

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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L'APUS CANCRIFORMIS Cuvier.

Classé par Linné avec les monocles, par de Lamarck avec les limules, et désigné par Geoffroy sous la dénomination de Binocle, l'Apus cancriformis fait aujourd'hui partie des crustacés branchiopodes, et appartient à l'ordre des Phyllopodes et au genre Apus, dont il est le type.

Ce crustacé rappelle assez bien la forme des Limules, mais avec un léger examen il est facile de voir qu'il en diffère essentiellement. Son corps est composé d'une quarantaine de segments, dont les sept ou huit derniers ne portent pas de pattes et forment la queue, laquelle se termine par deux filets.

La tête est confondue avec le corps et le tout est recouvert d'un bouclier olivâtre formé d'une seule pièce, flexible, échancré à son extrémité inférieure et ne garantissant qu'imparfaitement le corps mou et charnu du petit animal, qui est souvent la proie des reptiles aquatiques.

Les pattes lamelleuses, d'un brun rougeâtre, sont dans un état de mouvement continuel, même quand l'animal est au repos. Ce mouvement doit avoir pour but de former un courant entre les lamelles et d'apporter ainsi, aux branchies, de l'eau nouvelle et chargée d'oxygène.

J'ai observé ce crustacé à Montjeau-sur-Loire (Maine-et-Loire), dans des flaques d'eau qui étant alimentées par le fleuve, se tarissent quand celui ci vient à baisser. Alors le terrain, très sablonneux, devient brûlant, l'herbe se dessèche, et les Apus, que l'on observait quelques jours auparavant, meurent avec la disparition de l'élément qui leur est propre, en laissant à terre une couche de leurs fragiles cadavres, que les oiseaux se chargent d'enlever en peu de temps. Quand, au printemps, les crues de la Loire ont rempli par infiltration ces étangs de courte durée, et que le soleil d'avril a attiédi leurs eaux, les Apus reparaissent en si grande abondance qu'en y plongeant la main on retire souvent plusieurs de ces petits animaux.

Un fait très remarquable, c'est que sur un parcours de plus d'une lieue, il y a un grand nombre de mares et que dans quelques-unes seulement, voisines l'une de l'autre, on trouve le crustacé en question.

J'ai consulté, au sujet de ce Branchiopode, plusieurs auteurs, et tous disent ne pas connaître ses moeurs. Le Dr Chenu (2) le croit hermaphrodite, mais n'a rien de certain à ce sujet; il pense même que d'attentives observations pourraient faire découvrir les mâles, les naturalistes n'ayant jusqu'à ce jour signalé que des femelles, qu'ils supposent susceptibles de se féconder elles-mêmes.

J'ai vu dans un aquarium, où je les étudiais, mes Apus se livrer à un acte très rapide, il est vrai, mais qui pourrait bien être un accouplement; et si l'on considère la forme des pattes et du bouclier de l'animal, il sera facile de se convaincre qu'un rapprochement un peu long est impossible, car n'ayant point, comme certains insectes aquatiques, des stries dorsales et des tarses à ventouse, et pas même de membres préhenseurs, l'acte de fécondation ne peut durer qu'un instant. De là vient sans doute l'opinion émise par certains savants que le genre Apus, et principalement l'Apus cancriforme, est composé exclusivement de femelles fécondées comme celles des Pucerons et des Daphnies (3).

Je crois que l'on a beaucoup exagéré la rapidité du développement de ces crustacés en disant qu'ils apparaissent instantanément, après une pluie, dans des endroits où on ne les avait jamais observés, et souvent dans de simples flaques d'eau. — Je crois, au contraire, que la naissance et l'existence de ce curieux animal sont subordonnées à une foule de circonstances, celui-ci étant d'une extrême délicatesse. Il m'est arrivé souvent, emportant dans un flacon une provision d'Apus, de les trouver tous morts, après un très petit parcours. De même, si dans l'aquarium qui les contient on met de l'eau trop froide, si cette eau ne vient pas de l'endroit où ils ont pris naissance, on court de grands risques de les voir périr en un instant.

Ces divers faits me portent donc à croire que ces animaux ne se développent point aussi facilement et aussi promptement que l'on veut bien le dire. Ils sont, du reste, assez rares; je ne les ai jamais rencontrés que dans l'endroit précité, pendant mes excursions entomologiques.

Sur douze individus que je possédais, sept ont pondu dans mon aquarium. Les oeufs ont été déposés sur les parois du vase par groupes de vingt à peu près. Chaque oeuf est jaunâtre, de la grosseur d'une tête d'épingle, et avec le microscope on aperçoit dans le milieu un point violacé qui doit être le germe de l'embryon.

Ces oeufs sont enveloppés d'un enduit visqueux transparent qui adhère fortement au corps où il est fixé, se dessèche promptement hors de l'eau et prend une couleur grise.

Cuvier dit que ces ovules peuvent se conserver desséchés pendant plusieurs années sans que leur germe éprouve d'altération (4). Je n'ai pu encore vérifier ce dernier fait, mais des oeufs que j'avais recueillis et que je mis dans l'eau n'avaient pas changé d'aspect après plusieurs semaines d'immersion.

Quant à la nourriture de ces crustacés, les auteurs n'en parlent pas. J'ai vu les miens manger successivement des lentilles (Lemna minor), des fragments de plantes aquatiques (Callitriche stagnalis) tombés au fond de l'aquarium et demi décomposés; de pelites achées mortes; et enfin, avec une avidité extraordinaire, ils dévoraient du vermicelle destiné à quelques épinoches.

De ces divers aliments ou peut conclure que ces petits animaux sont omnivores, mais je crois cependant que les corps demi décomposés sont surtout ceux qui leur conviennent, et, en cela, ils continuent le rôle si important d'épurateurs que la nature a confié à la famille des crustacés.

Angers, 18 juin 1871 . Ernest Chauveau.

(1) Cette Société, fondée à Angers par les jeunes naturalistes de cette ville, a bien voulu nous envoyer un certain nombre d'articles écrits par ses membres

(2) Encyclopédie d'histoire naturelle (Crustacés, p. 59)

(3) Même ouvrage que ci-dessus.

(4) Le Règne animal, t.III, p. 67

 

 

 

  


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