Histoire naturelle
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Aperçu sur la végétation du monde primitif

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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APERÇU SUR LA VÉGÉTATION DU MONDE PRIMITIF.
La végétation pendant la période jurassique.

L'époque jurassique présente une grande lacune pour l'histoire paléontologique du règne végétal. En effet, si les couches intermédiaires entre les marnes irisées et le lias nous offrent de grandes richesses pour l'étude de la flore fossile, plus haut les documents nous manquent complètement, ou ce ne sont que des fragments fort incomplets. Les formations jurassiques étant presque toutes d'origine marine, les algues seules ont pu se conserver avec facilité, et le petit nombre des fossiles terrestres qui se sont réunis dans quelques bassins d'eau douce du grand oolithe ou du portlandien est insuffisant pour nous donner une idée exacte de la physionomie du règne végétal à cette époque. Le lias, dont les puissantes assises sont si riches en fossiles appartenant au règne animal, est très pauvre pour ce qui concerne le règne végétal, à moins qu'on ne veuille rapporter à cet étage les dépôts végétaux de Whitby (Yorkshire), qui nous présentent des espèces assez variées. Ce n'est que vers sa partie supérieure que nous retrouvons dans les schistes marneux des traces très nombreuses de la végétation marine de cette époque.

Les traces de la végétation terrestre de l'époque jurassique se retrouvent principalement dans quelques petits bassins de formation d'eau douce du grand oolithe, du portlandien et de la formation wealdienne (si toutefois il faut la rattacher à la série jurassique), où les plantes, charriées de l'intérieur des terres par les cours d'eau, ont été déposées à leur embouchure dans une mer ou dans un lac très tranquille, comme cela a eu lieu pour le bassin de Solenhofen (Bavière). Parmi les localités qui ont fourni le plus de matériaux pour l'histoire paléontologique de la flore fossile du terrain jurassique, il faut citer pour l'inférieur et le grand oolithe les bassins de Whitby et de Scarborough (Yorkshire), où l'on rencontre des dépôts charbonneux d'une grande importance, et celui de Stonesfield, prés d'Oxford, célèbre surtout par la découverte qu'on y a faite de nombreux mammifères didelphiens; puis, pour les étages supérieurs du système oolithique, les schistes lithographiques de Solenhofen, les argiles du kimméridgien de Honfleur et le portlandstone de la presqu'île de Portland, au sud de l'Angleterre.

La formation wealdienne, qui est principalement composée de dépôts d'eau douce, nous offre un nombre relativement beaucoup plus grand de végétaux fossiles : ils se retrouvent principalement dans le Deistersandstein des Allemands, avec de nombreuses couches houillères avantageusement exploitées, prés d'Osnabrück (Hanovre), puis en Angleterre, dans les Purbeck-beds, le Haslingssand et le Weald-clay de Sussex.

Un examen rapide des formes végétales les plus caractéristiques du terrain jurassique suffira pour indiquer la physionomie de la végétation à cette époque.

Les algues y tiennent une grande place, et leurs empreintes se rencontrent dans presque toutes les formations jurassiques; mais c'est dans les schistes marneux du lias supérieur et dans les schistes lithographiques du Jura blanc qu'elles se trouvent plus particulièrement développées. Les premiers renferment, surtout en Wurtemberg, aux environs de Boll et de Wasseralfingen, une immense quantité d'algues marines généralement très bien conservées : leur substance végétale est remplacée par une terre marneuse d'un gris clair, qui ressort très nettement sur la couleur foncée du schiste et qui, après avoir été enlevée, met à découvert l'impression de la plante. Parmi ces algues, j'en citerai trois, remarquables par l'élégance de leur forme et surtout par le développement prodigieux qu'elles semblent avoir pris. Ce sont : Phymatoderma liasicum, une algue de l'ordre des Caulerpacées, ensuite une Floride, Chondrides hollensis, puis une Fucacée, Toeniophycus liasicus. Dans certaines localités, les schistes marneux sont pétris de ces algues, qui paraissent avoir formé de véritables parterres au fond de la mer.

Les schistes lithographiques de Solenhofen présentent également un grand nombre d'empreintes rapportées à des algues; mais on a reconnu que beaucoup d'entre elles proviennent de conifères ou même du règne animal, de spongiaires par exemple (telles sont peut-être les algues du genre Münsteria rapporté a l'ordre des Fucacées); c'est ainsi qu'un des fossiles caractéristiques de cette formation, rapporté à l'ordre des Florides et décrit sous le nom de Baliosthychus ornatus, appartient au genre Arthrotaxites, de la famille des Cupressinées. Il est cependant un grand nombre d'empreintes dont la provenance ne laisse aucun doute, et qu'on peut avec certitude rattacher à la classe des algues : elles appartiennent en grande partie aux genres Sphoerococcides (Sphoerocites), de l'ordre des Florides, et Halymenites, de l'ordre des Fucacées, qui présentent tous les deux de nombreuses espèces, parmi lesquelles je citerai Sphoerococcides ciliatus et Halymenites Brongniarti. Une autre variété Sphoerococcides ligulatus, se rencontre fréquemment dans le Jura blanc du Wurtemberg, avec Nullipora hechingensis, algue très répandue dans cet étage, et qui constitue à Geisslingen (Wurtemberg) un banc calcaire tout entier.

Les Équisétacées ne comptent que peu de représentants pendant la période jurassique : on en connaît cependant plusieurs espèces du genre Equisetum dans le Deistersandstein de la formation wealdienne de l'Allemagne du Nord (Eq. Philippsii), dans l'oolithe du Yorkshire (Eq. columnare) et dans le lias supérieur (Eq. liasinum).

Parmi les fougères, nous retrouvons dans les dépôts de Whitby et de Scarborough, et dans la formation wealdienne, de nombreuses espèces appartenant à des genres dont l'apparition remonte à la formation houillère. Elles appartiennent en grande partie à l'ordre des Sphénoptéridées, dont plusieurs espèces sont caractéristiques pour l'oolithe du Yorkshire (Sphenopteris denticulata, arguta) et pour la formation wealdienne (Sph. Mantelli). Parmi les Neuroptéridées, il faut citer, outre le genre Cicadopteris, qui fit son apparition déjà avec le grès de l'infra lias, les genres Baïera, Otopteris et Pachypteris qui sont particulièrement propres au système oolilhique (Baïera digitata, Otopteris undulata, Pachypteris ovata); parmi les Pécoptéridées, les genres Pecopteris, Alethopteris et Stachypteris, ce dernier, genre éminemment corallien (Pecopteris Wilamsoni, Alethopteris denticulata, Whitbyensis, Stachypteris spicans). Les ordres des Laenioptéridées et des Dictyoptéridées, qui comprennent la majorité des fougères de la formation rhétique et du grès infra liasique, ne forment plus pendant l'époque jurassique qu'une faible minorité (Macrotoeniopteris major, Phlebopteris polypodioïdes, Sagenopteris Philippsii).

Les Gymnospermes, dont le nombre a sans cesse augmenté depuis la formation houillère, occupent encore pendant toute la durée de cette longue période jurassique le premier rang; mais bientôt ils céderont la place aux Angiospermes apétales, dont le règne s'ouvre avec la période crétacée et comprend encore la première partie de l'époque tertiaire, l'éocène.

Les Cycadées du genre Pterophyllum et Zamia continuent à nous offrir de nombreuses espèces, entre autres Zamia Feneolis, qui est caractéristique pour l'étage portlandien et le schiste lithographique de Solenhofen. Outre ces deux genres, on a rencontré dans la presqu'île de Portland, où se trouve le type de l'étage portlandien, de gros tronçons silicifiés marqués de nombreuses cicatrices laissées par les anciennes feuilles, ayant appartenu sans doute à des Cycadées dont on a fait le genre Mantellia (Megalophylla). Ces tronçons se trouvent en grande quantité en place au milieu d'une couche d'humus végétal parfaitement bien conservé.

Les Conifères de cette époque appartiennent en grande partie aux Cupressinées : ils constituent les genres Thuites, Brachyphyllum et Arthrotaxites, genre particulièrement propre au calcaire lithographique, dont les représentants ont souvent été pris à tort pour des algues (A. princeps, lycopodioïdes, Thuites expansus). On a aussi trouvé des cônes ayant appartenu à des Abiétacées et qui diffèrent fort peu de ceux de nos sapins ordinaires.

A côté des Gymnospermes, il faut peut-être placer un fossile d'origine très douteuse qu'on a rapporté tantôt aux Cycadées, tantôt aux Euphorbiacées arborescentes et dont on a fait le genre Mamillaria (Mam. Desnoyersi). C'est avec la période jurassique que les plantes monocotylédonées, dont les premières formes se rencontrent déjà dans le grès bigarré et les marnes irisées avec l'AEtophyllum, le Paloeoxyris et le Yuccites , arrivent à leur premier développement réel. Ce n'est pas cependant que le nombre de leurs espèces ait sensiblement augmenté, mais c'est alors seulement que nous rencontrons des types dont le véritable caractère végétal ne saurait être méconnu. Les représentants les plus caractéristiques de cette grande famille du règne végétal pendant l'époque jurassique sont certainement des arbres de la famille des Pandanées, exotique aujourd'hui, dont la patrie favorite est le Sénégal, mais qu'on rencontre également en Polynésie, dans la Nouvelle-Zélande et dans la Guinée. On n'en a retrouvé jusqu'ici à l'étal fossile ni les feuilles , ni les racines, pas plus que le tronc lui-même, mais seulement le gros fruit de forme sphérique qui ne laisse aucun doute sur la nature du végétal tout entier qui constitue le genre Podocarya (Bucklandi). La formation wealdienne nous présente encore deux plantes monocotylédonées dont on retrouve les traces dans le Deistersandstein du Nord de l'Allemagne : c'est d'abord Clathraria Lyellii, un arbre fort peu connu, et Temskya Schimperi, qui représente peut-être un palmier.

Strasbourg. P. K. (A suivre.)

 

 

 

  


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