Histoire naturelle
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Conseils aux débutants en entomologie

Documents anciens d'histoire naturelle
tiré de "Feuille des jeunes naturalistes" 1870-1914
attention de nombreuses informations peuvent ne plus être d'actualité
 

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CONSEILS AUX DÉBUTANTS EN ENTOMOLOGIE.
II. Préparation des Coléoptères.

L'entomologiste revient de sa promenade ou de son excursion les flacons bien garnis, ainsi que les tubes qui contiennent les espèces rares ou délicates. Le plus souvent, le temps lui manque pour préparer sur-le-champ le produit de sa chasse; mais qu'il se garde bien de laisser les insectes dans les flacons : l'humidité qui s'y forme continuellement abîmerait toutes les captures. Il faut, aussitôt rentré, vider tous les flacons, tuer ceux des insectes dont l'asphyxie n'est pas complète en plongeant le flacon (de fer-blanc) dans l'eau bouillante, puis étendre le tout sur du papier buvard fin, et replier ce papier sur les insectes de manière à les protéger contre la poussière. Les insectes resteront ainsi flexibles pendant six à vingt-quatre heures, suivant les espèces, la taille, etc. On peut les préparer le soir, à la lampe, mais il est bien préférable de le faire de bon matin, de façon à moins se fatiguer les yeux, tout en ne perdant pas à préparer ses chasses les moments favorables pour en récolter de nouvelles. Si l'excursion doit durer plusieurs jours, je recommande de piquer et coller chaque matin la chasse de la veille. On ne saurait croire la différence qu'il y a entre la préparation d'insectes frais, dont la capture est encore présente à la mémoire, et celle d'insectes ramollis, trop nombreux pour être collés ou piqués avec soin. Quelques boîtes à fond de tourbe ou d'agave ne sont pas un lourd bagage, et quand on a mis chaque jour ses chasses au net, on se sent bien plus disposé à en réunir de nouvelles que si l'on est poursuivi par le souvenir des nombreux flacons dont le contenu attend pour être préparé un moment favorable qui est peut-être bien éloigné. D'ailleurs, en règle générale, le débutant doit être toujours au courant dans tous les travaux qui concernent ses collections : s'il néglige celle régle, il aura toutes les peines du monde à rattraper le temps perdu; — j'en parle, hélas! par expérience.

Réunissons sur notre table de travail ce qu'il faut pour préparer vite et bien les coléoptères qui composent notre chasse. Prenons une loupe de poche, à deux lentilles de grossissements différents; — une pince à pointes fines et une pince à piquer à bouts recourbés; — un ou deux pinceaux assez petits, en poil de martre; — une ou deux épingles entomologiques et aiguilles solidement fixées dans de petits manches en bois; — un flacon de gomme entomologique, préparée de la façon suivante : sur 60 gr. de gomme arabique en morceaux et 30 gr. de sucre (qui empêche l'écaillement de la gomme quand elle est sèche), on verse suffisamment d'eau distillée pour donner à la préparation une consistance sirupeuse, et l'on ajoute un centième de sublimé corrosif (contre les anthrènes), et autant d'acide phénique (contre les moisissures). Si l'on ne veut pas se donner la peine de préparer cette gomme soi-même, on pourra s'en procurer chez MM. Deyrolle, à Paris, ou Meyer-Dur, à Burgdorf; — un ramolissoir, composé d'un plat à couvercle, contenant du sable qu'on humecte quand on veut s'en servir; — de l'eau distillée, dans laquelle on plonge pendant quelques minutes les micros pour les ramollir; — plusieurs plaques d'agave ou de tourbe recouvertes de papier; — une boîte garnie d'épingles entomologiques, de fabrication allemande (Calsbad, en Autriche), plus chères, mais bien préférables aux épingles françaises : il faut en avoir des n° 1, 2, 3, 5 et 6; — les n° 3 et 6 sont les plus employés (1); — enfin, du carton mince ou du papier fort, bien blanc, que l'on coupe en lanières de 8 et 10 millimètres de largeur, divisées à leur tour en petits rectangles ayant 8 et 10 millimètres sur 4 millimètres, ou en petits triangles de mêmes dimensions. Lorsque l'on a du temps de reste, pendant la soirée ou en hiver, on fera bien de préparer à l'avance bon nombre de ces petits cartons; voici comment on procède : on place sur une plaque de tourbe un certain nombre de cartons que l'on embroche près de leur base avec des épingles n° 5 ou 6. On prend une petite boîte percée d'un trou d'épingle, et l'on fait glisser dans ce trou l'épingle qui maintient le carton, jusqu'à ce qu'elle rencontre le fond; ce qui doit être lorsque le carton est environ aux deux tiers de l'épingle : on gagne de la sorte du temps, et tous les cartons se trouvent à la même hauteur. Je ne dirai qu'un mot de la vive discussion, qui est loin d'être encore terminée, sur la valeur des divers procédés de préparation des Micro-Coléoptères: les transpercer d'un fil de fer ou de platine extrêmement fin, que l'on fixe à des petits cubes de moelle de sureau, me paraît un mode coûteux, long, exigeant une grande tension des organes de la vue, sans utilité véritable et presque impraticable. L'emploi du mica semble inutile et a été abandonné par la plupart des entomologistes. Celui des triangles, excellent pour certains insectes difficiles à coller autrement, tels que les Micro-Curculionides, a pour les autres le grave inconvénient d'exposer les parties les plus fragiles et les plus importantes de l'insecte (les antennes et les pattes) à tous les chocs, et paraît devoir céder le pas au système des rectangles, au milieu desquels on colle l'insecte, qui se trouve ainsi protégé de toutes parts; — rien de plus facile que de coller quelques individus de la même espèce sur le dos, ou, si l'on n'a qu'un exemplaire, de le détacher en le trempant dans l'eau distillée, lorsqu'on veut l'examiner. — On pourra, avec l'habitude, couper et embrocher aisément quatre cents de ces cartons par heure.

Nous voici donc munis des instruments nécessaires, assis devant notre récolte, composée de trois à quatre cents insectes de toutes les formes et de toutes les tailles. Assortissons-les grossièrement; prenons les plus gros; vers les deux tiers de l'élytre droite (en partant de la pointe), nous enfonçons l'épingle verticalement, en ayant soin de ne pas enlever au passage une des pattes de la seconde ou de la troisième paires, entre lesquelles l'épingle doit sortir. Suivant la taille de l'insecte, on emploiera l'un des numéros indiqués plus haut; il vaut mieux prendre une épingle trop fine que trop grosse, car celle-ci défigurerait l'insecte. On commence par piquer ainsi tous les insectes, grands et moyens, que l'on range sur une plaque de tourbe à mesure qu'on les pique. Il faut percer d'abord avec une aiguille certains Coléoptères (principalement des Curculionides) dont les élytres offrent trop de résistance à une épingle ordinaire. On ramène autant que possible les pattes sous le corps et les antennes le long du corselet. — L'insecte est moins fragile alors que quand on lui donne l'attitude. Si l'on a pris un très grand nombre d'individus d'une même espèce, on pourra en conserver en provision dans de la sciure de bois imbibée d'alcool au sublime corrosif, ou dans un flacon contenant des feuilles de laurier. Les insectes qui ont moins de 5 millimètres de long ne doivent pas être piqués. En général, dans le doute, il vaut mieux coller que piquer, ce qui abîme toujours plus ou moins l'insecte. Pour cela, on met une petite goutte de gomme sur un des cartons ou des triangles, à l'aide de l'épingle fixée dans un manche, puis on prend l'insecte avec le pinceau mouillé; on le place sur la gomme, on le comprime un peu pour le faire adhérer au carton, et l'on arrange à peu près symétriquement les pattes et les antennes.

On peut, pour économiser les épingles, embrocher plusieurs cartons à la même épingle, quand il s'agit d'insectes qui doivent entrer dans les boîtes de doubles. Avant de placer dans la collection les insectes piqués et collés, on fera bien de les laisser sécher pendant quelque temps à découvert dans une armoire. Enfin, on fixera à chaque épingle un petit carré de papier indiquant la localité, la date de la capture, etc.

Dans cette préparation, il faut chercher à réunir l'élégance, l'ordre et la bonne conservation de la collection, à avoir la main à la fois légère et ferme, à simplifier la préparation tout en la faisant avec grand soin, enfin à s'exercer sans cesse et à faire continuellement des progrès. N'oublions pas que ce qui vaut la peine d'être fait, vaut la peine d'être bien fait.

Le prochain chapitre sera consacré à la collection elle-même.

E.

(1) On trouvera tous les objets nécessaires à la préparation et à la conservation des insectes, chez M. Deyrolle, naturaliste, 19, rue de la Monnaie, à Paris.

 

 

 

  


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